Identité nationale : le citoyen , le soldat et le guerrier

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Le sentiment collectif est aussi vieux que le monde, qu’il ait abouti aux nations répond à un besoin essentiel : l’homme, animal social crée des instances politiques qui sanctionnent l’appartenance en assurant sa permanence et sa représentation.
Par Jean-Marc DESANTI
La nation peut se considérer comme une société regroupant de façon hasardeuse et transitoire des millions d’atomes, auquel cas la France n’est rien d’autre que la somme des français du moment, titulaires de la carte nationale d’identité. Ou bien au contraire, il convient de regarder la nation comme un ensemble excédant largement la somme de ses composants du moment, incluant aussi les morts et ceux qui sont à naître, c’est-à-dire une Histoire au fil de laquelle s’est forgée une commune identité et dans laquelle un destin s’élabore. La France ne serait donc pas seulement un lien d’assistance avec comme modèle indépassable la sécurité sociale …
Elle serait alors cette raison de vivre - la république universelle porteuse de transcendance si chère à Victor Hugo- et de mourir.
Julien Hapiot jeune chef FTPF de la région Nord et fusillé le 13 septembre 1943 écrira dans sa lettre d’adieu : « Un brave camarade a été condamné à mort ce matin pour avoir hébergé un patriote. Je lui fais passer les couplets de la Marseillaise car c’est au chant universel de nos aïeux que nous irons au poteau d’exécution. Ici renaîtra la France aimée du monde car la qualité du terreau dépend de celle des feuilles. »
Pour ces hommes simples ( une grande idée est une idée simple ), l’identité nationale confondait dans la même mystique le Devoir et la Patrie, la terre et les morts, la liberté et le sacrifice que font vibrer les vers de Péguy :
« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre
Heureux ceux qui sont morts car ils sont retournés
Dans la première argile et la première terre
Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés. »
Être ou devenir membre d’une nation c’est toujours épouser une explication du cosmos exprimée dans une langue particulière, c’est marcher comme un Vandervogel au milieu de paysages et de climats divers mais familiers, c’est aussi se recueillir dans ses lieux saints où souffle l’esprit, c’est enfin inhumer ses morts au son des musiques de son terroir dans des cimetières où peuvent librement dominer les signes ostentatoires de sa foi. Alors oui, il y a une ligne claire de l’identité.
Ainsi, paradoxalement, le degré de réalité objective de « Nos ancêtres les gaulois » n’a strictement aucune importance. Le mythe ne relève pas de l’historiographie. Il n’est ni vrai, ni faux, il est notre étoile du berger, selon le bien joli mot d’Heidegger : « Marcher vers une étoile, rien d’autre. ».
Si Heidegger ou Péguy devrait inspirer le citoyen français dans la quête d’une identité nationale troublée par « la mondialisation », le soldat, lui , « ce citoyen sans doutes », solidement enraciné, doit aller volontairement au devant du danger qui le menace car il sait ce que l’honneur exige de lui, et parce que l’honneur ne concerne pas son prestige personnel, mais est une affaire qui regarde son lignage tout entier, il n’hésitera donc pas à engager sa personne toute entière.
Montherlant déclarait que personne ne meurt pour une cause mais pour l’identité que cette mort nous donne de nous-même. Lorsque le général Bigeard, les larmes aux yeux, évoque la mort du sergent-chef Sentenac agonisant dans les sables du Sahara, il garde à l’esprit l’image lumineuse de celui qui, changeant de visage troque la figure du quelconque lansquenet contre celle de l’archange. Sans une plainte, sans une lamentation au mur, Sentenac s’efforce de mourir. Comme soldat citoyen, défenseur et gardien de l’identité nationale, il respecte le pacte sacré conclu avec lui-même qui fit écrire à Vigny le poète soldat et auteur de « Servitude et grandeur militaires »
« Pleurer, prier, gémir est également lâche
Fais énergiquement ta longue et lourde tache
Dans la voie où le sort a voulu t’appeler
Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
Dans l’antique Sparte, on opposait le soldat qui exerçait le métier des armes pour recevoir « une solde » au guerrier qui avait le droit de porter les armes pour la protection de l’identité de la Cité.
Pour ceux qui vont au ciel, le visage découvert, le seul privilège du grade n’est pas de calculer sa retraite complémentaire en songeant combien bonne est la France avec ses aides sociales, mais bien de monter à l’assaut en criant non pas « En avant » mais « Suivez-moi ! ».
Drieu le héros maudit de Charleroi écrivit : « Il y a beaucoup d’action dans l’homme de rêve et beaucoup de rêve dans l’homme d’action. »
Le guerrier n’est pas un fou sanglant, il laisse cette charge aux financiers et aux hommes politiques qui cassent les pots qu’il doit payer… lui .
Lui, il sait, il n’est dupe en rien. Il a choisit son camp et proclame par ses actes ce qu’illustraient les écriteaux des Marines à Khé-Sanh en 1968 : « Home is where you dig it »
La morale du guerrier n’est pas utilitaire et c’est pourquoi ceux-ci se font rares dans notre société. Le jeune officier conscient de ses responsabilités et qui tremble avec ses hommes devant des ennemis plus expérimentés se demande-t-il : « A quoi ça sert ? ». Noblesse se tait.
On ne lui volera pas son identité dernière qui scellera son destin. Que lui importe ces petits marquis poudrés, ces intellectuels rondouillards qui, à Paris, loin des poussières de la piste débattront de l’identité nationale face à des « bobos » ou des « indigènes de la république » éructant leur mal- être.
« Honte à ceux qui se plaignent de leur destin, pensera-t-il en ressoudant davantage la cohésion de son unité. Je suis là, comme Saganne, seul mais avec des hommes. Seuls sont mes hommes, mais je suis là. »
Solitude du guerrier quand, à l’arrière, on papote, on ergote, on sanglote …
Combien de pilotes de la RAF en 1940 ? Combien de maquisards sur le plateau des Glières ? Combien de paras pour sauter sur Dien Bien Phu encerclé ?
Pour le guerrier, sur son domaine, sur sa terre où règne l’éphémère, c’est ainsi. La fortune fuit, la vie fuit, la patrie fuit parfois aussi mais il est une chose qui jamais ne fuira : le jugement porté sur chaque mort.
2 commentaires pour cet article
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Wikma 26 janvier 13:18
Merveilleusement bien écrit, félicitations !
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Schera 21 novembre 2009 21:53
Identité
Peut être, quand on s’appelle Farida schera Bakhouche, qu’il est plus facile que pour d’autres de parler de l’identité nationale, tout simplement parce que l’on a eu besoin de définir sa place très tôt dans la communauté Nationale et donc de réfléchir à qui l’on est par rapport au pays dans lequel on vit. La France est une Idée. Il n’était pas écrit de toute éternité que les hommes vivant à l’intérieur de ses frontières naturelles formeraient une seule nation. Jules César le notait déjà, les peuples qui habitaient la Gaule étaient des peuples divers, qui différaient par la langue, les coutumes et les lois et dont seule une partie était celte et les autres étaient d’origine germanique ou ibérique. C’est pour cette raison que je me reconnais dans cette idée, admirable dans son absurdité même, selon laquelle il y a 2000 ans mon pays s’appelait la Gaule et mes ancêtres s’appelaient les gaulois. L’Identité française ce n’est pas un sentiment d’appartenance à un groupe ethnique, une religion, une idéologie, encore moins à une race. L’identité française c’est se sentir une communauté de destin avec d’autres hommes vivant sur le territoire national définit par ses frontières naturelles. Au moment où nous célébrons l’Amitié franco-allemande il faut avoir en tête que nous avons entre nos deux peuples une différence fondamentale : pour un allemand, là où est l’homme allemand, là est la terre allemande, pour un français, là où est la terre de France, là est l’homme français. Droit du sang, Droit du sol. L’Identité Nationale est donc basée sur l’adhésion individuelle de chaque Français à des Valeurs communes, quelle que soit son origine ou celle de ses parents. Rien n’est plus étranger à notre Identité Nationale que la notion de « communauté », de quelque nature qu’elle soit, qui enferme chacun dans un groupe en le prédéterminant collectivement sans lui laisser la Liberté de choix en tant que personne. Il ne s’agit pas de nier et donc de se priver de l’apport que constituent nos différences, (elles enrichissent bien au contraire notre Identité Nationale), mais elles ne doivent pas devenir à ce point discriminant qu’elles permettent à un groupe de s’autoriser à se croire autonome vis-à-vis du destin collectif. Alors, bien entendu et c’est ce qui fait l’actualité de ce débat, l’Identité Nationale française n’est pas une chose figée, elle évolue, non pas dans ses composantes mais dans leur importance relative. En 2009, en Europe, et d’ailleurs dans le monde, la France n’a pas l’exclusivité d’être un état de Droit, une Démocratie, un pays pacifique, prospère, ou les citoyens bénéficient de la protection sociale, de l’enseignement gratuit, de la Liberté de penser, de pratiquer ou non la religion de leur choix, d’en changer s’ils le veulent, de s’associer, d’entreprendre, un pays de l’égalité des droits entre hommes et femmes. Ceci ne veut pas dire que tout soit toujours, tout le temps, et totalement parfait. Ceci ne veut pas dire qu’il ne faille pas en permanence être vigilant en ces matières. Être citoyen français ne signifie pas non plus que nous soyons les seuls à être les héritiers d’une grande Histoire, d’une grande Culture, d’autres Nations peuvent aussi s’en prévaloir. Mais dans le contexte de la mondialisation quelques heures d’avion suffisent pour se rendre compte de notre chance d’être les Citoyens d’un tel pays. Parler d’Identité nationale, c’est par nature parler de ce que sont nos spécificités par rapport aux autres nations et pour ma part j’en retiendrai trois. Tout d’abord la passion française de l’Intelligence qui se matérialise par le culte du diplôme et par le goût des débats d’idées à tout propos qui fascine les autres peuples où le pragmatisme à l’anglo-saxon est la règle plutôt que l’exception. Certes, c’est souvent un handicap en termes d’efficacité, mais je voudrais rappeler que le grand père d’un Prix Nobel de physique français prit la décision de quitter son ghetto de Lithuanie à la fin du 19ème siècle car il pensait qu’un pays capable de s’enflammer et de s’entre-déchirer pour préserver l’Honneur d’un petit capitaine juif inconnu serait le seul pays où il pourrait vivre dignement. La deuxième caractéristique identitaire française me semble être la passion de l’Egalité avec son corollaire qui est le refus du privilège qu’il soit social ou de naissance car seuls les avantages obtenus par le talent le travail et l’esprit d’entreprise sont tolérés en France dans ce qu’on appelle le Mérite Républicain. La troisième caractéristique identitaire française tellement spécifique qu’elle n’a d’équivalence dans aucun pays ni même de traduction dans aucune langue étrangère est le principe de Laïcité. La Laïcité est à mes yeux la pierre angulaire du pacte Républicain non seulement parce qu’elle affirme la neutralité de l’Etat en matière religieuse mais surtout parce qu’en confinant à l’espace privé et au libre examen individuel le domaine de la foi, elle préserve la sérénité des rapports citoyens. La Laïcité c’est bien sûr le principe du Citoyen libre dans une société libre, mais c’est aussi le principe de respect que chacun se doit de porter aux croyances ou à l’absence de croyance en une transcendance chez les autres. La Laïcité c’est l’idée que la vie des Citoyens français, les règles du vivre-ensemble qu’ils se donnent librement et d’une façon générale la Politique de la Nation ressortent du débat démocratique à l’exclusion de quoi que ce soit d’autre sauf si des Représentants légitimes du pays ont conclu des traités qui nous font obligation, ratifiés par le libre examen des citoyens comme c’est le cas dans la construction Européenne à laquelle notre pays prend la place qui lui revient c’est-à-dire très souvent en avant-garde. Bien sûr, comme toute médaille a son revers, ces caractéristiques identitaires ont aussi leurs limites, leurs travers, leurs ridicules parfois, mais ce sont les nôtres, celles de la Nation, celles qui font que nous sommes heureux et fiers d’être français.
Farida Schera Bakhouche





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