Un livre de HOUCHANG NAHAVANDI
Vient de paraître ; Prix : 28 euros -744 pages - ISBN : 2-9517415-3-7 en librairie, Fnac, amazon.fr, decitre.fr
D’une écriture limpide, basé sur une documentation colossale, le livre ouvre ses pages au lecteur dans la nuit du 19 au 20 juin 1747 avec l’assassinat de Nader (« le dernier conquérant asiatique ») qui marque la fin des ambitions impériales de l’Iran, et se termine avec la mort du dernier Shah, Mohammad Réza Pahlavi. C’est l’histoire de toutes les tentatives de modernisation de l’Iran. L’explication de sa situation actuelle et des grandes crises que ce pays a connues durant plus de deux siècles. Un véritable roman de l’Histoire où le moindre détail est fondé sur des documents et témoignages irréfutables, avec une galerie de portraits des plus étonnants.

Depuis quatre mille ans, l’histoire de l’Iran est en dents de scie. Des hauts et des bas. L’unique hyper puissance mondiale au temps des Grands Rois, Cyrus, Darius et leurs descendants, s’est effondrée sous les coups de boutoir d’Alexandre le Grand, puis s’est relevée de manière spectaculaire quelques décennies plus tard et a partagé pendant presque un millénaire la domination d’une grande partie du monde avec Rome.
Puis vinrent l’invasion arabe, l’islamisation brutale, « les deux siècles de silence », une résistance nationale pour préserver l’identité du pays, les hordes mongoles et, enfin, la reconstruction de l’Empire perse au début du XVIe siècle.
Les derniers chapitres sont consacrés à une analyse détaillée mais claire de la révolution islamique, de l’islamisme radical qui menace le monde, et dénoncent, sans ambages et preuves à l’appui, ceux qui en sont responsables. L’Iran devait payer le prix de ses « ambitions intolérables ».
« Mon pays constitue la clef géographique de tout le Moyen-Orient... Si jamais - Dieu nous en préserve - l’Iran devait s’effondrer, tout le Moyen-Orient et le sous-continent indien s’effondreraient en même temps... », avait prédit le dernier Shah. L’Histoire lui donnera raison, tandis que l’Occident se trouve à présent confronté aux ambitions nucléaires militaires d’un régime islamique totalitaire et rétrograde encouragé, préparé, soutenu et placé par ce même Occident un quart de siècle auparavant !
« Quand on a dompté le conquérant grec, triomphé des armées romaines, assimilé la puissance arabe, survécu au Mongol, contenu l’Empire ottoman, puis les hordes afghanes et indiennes, et, cas presque unique dans les annales contemporaines, desserré l’étreinte de l’Armée rouge sur toute une province pratiquement perdue, que peut-on craindre de l’avenir ? », se demandait le dernier Shah, allié et ami du « monde libre ». « La trahison d’un ami », eut probablement répondu un sage tel que Confucius...
Sommaire
P R O L O G U E
P R E M I È R E P A R T I E - Résurrection et crises
I. Moi, Réza
II. La Seconde Guerre mondiale -Un vieux philosophe sauve - l’Iran
III. Le Toudeh -Soixante-dix ans au service de l’Union soviétique
IV. La crise d’Azerbaïdjan -L’homme qui a vaincu Staline
V. La crise du pétrole -L’homme qui chassa les Britanniques
VI. Les cinq jours qui changèrent le destin de l’Iran -Un général hors normes
VII. La Savak -Un grand malentendu
D E U X I È M E P A R T I E - Le vol d’Icare
VIII. La monarchie autoritaire -La révolution blanche
IX. Une certaine idée de l’Iran
X. Une politique de puissance et d’indépendance nationale -« Des ambitions absolument intolérables »
T R O I S I È M E P A R T I E - La révolution islamique
XI. « Une sorte de saint social-démocrate » -« Un miracle à Paris »
XII. L’Iran et l’Occident -Des relations ambiguës
XIII. Moscou et Téhéran -Le double jeu payant de l’URSS
XIV. Les hésitations du pouvoir impérial -« C’est Louis XVI »
XV. L’affolement et l’agonie -Le Shah « entend » la voix de la révolution
XVI. La chute de la monarchie et le triomphe de la révolution -La remise des clefs
E P I L O G U E - Calvaire et tragédie d’un homme seul
A N N E X E - CHRONOLOGIE DES PREMIERS MINISTRES
N O T E S
I N D E X
MORCEAUX CHOISIS
...à propos de l’Iran
« Pour les Iraniens, depuis l’aube de l’Histoire, depuis Cyrus le Grand, l’Iran s’était toujours appelé l’Iran. C’est la renaissance du nationalisme iranien que Ferdowsi avait célébrée, chantée et glorifiée. C’est au nom de l’Iran qu’Abbas le Grand avait imposé l’emblème national, le lion et le soleil, comme symbole de supériorité sur le croissant du sultan de Constantinople. C’est pour l’Iran que Nader avait mené son armée à la conquête des Indes. Mais, à l’étranger, ce pays était appelé la Perse et la diplomatie iranienne l’avait toléré puis accepté : le Shah de Perse, la légation de Perse... Pour les Iraniens, c’était un usage jugé humiliant. Le 27 décembre 1934, par une décision solennelle, le pays reprend à l’étranger son appellation de toujours. La Perse n’existe plus. L’Iran renaît qui englobe tous les peuples de confessions différentes qui le composaient. Dans les chancelleries, la nouvelle fait l’effet d’un coup de tonnerre. Pour les Iraniens, c’est un retour aux sources. » (page 84)
« À la veille de la guerre, l’Iran disposait d’une vingtaine de bâtiments de guerre, dont deux destroyers, dans le golfe Persique, tous construits en Italie où avaient également été formés les cadres de la marine impériale. Les navires de guerre iraniens ont été les premières cibles des Britanniques lors de l’invasion de l’Iran. La plupart furent coulés, leurs officiers tués, notamment le commandant en chef, l’amiral Bayandor. Des années plus tard, sous Mohammad Réza Pahlavi, l’Iran réussira enfin à se doter d’une puissante marine de guerre qui lui permettra d’exercer une influence réelle dans le golfe Persique et l’océan Indien, bref d’être une puissance navale. Cela aussi fut pour beaucoup le signe d’une ambition intolérable. » (page 91)
« À partir de 1954, toute la diplomatie impériale, sans doute l’aspect le plus réussi et le moins contestable et contesté du règne, a été menée avec un grand sens de l’intérêt national, d’abord pour sauvegarder l’indépendance du pays face à l’ogre soviétique et ses appétits. Cela fut la phase de l’alliance privilégiée avec l’Occident, les États-Unis surtout. Plus l’Iran devenait prospère et puissant, plus le Shah Mohammad Réza tentait de le dégager des contraintes de cette alliance, de jouer un rôle propre, de se poser en arbitre de l’équilibre de la région. Positions et initiatives qui allaient insupporter ces mêmes alliés privilégiés, les retourner contre l’Iran, les amener à soutenir, voire à fabriquer, une révolution qui, croyaient-ils, pouvait mettre fin aux ambitions de ce pays. L’Iran a été puni : l’Occident le paiera cher. Le monde en pâtira. La suite des événements l’a montré. » (page 294)
« À partir de 1970, l’Iran a effectué d’importants investissements à l’étranger. Leur somme totale dépassait 20 milliards de dollars à la veille de la révolution. L’opération visait plusieurs objectifs : assurer d’abord au pays des revenus substantiels en devises et le mettre à l’abri de l’épuisement inévitable des ressources et des réserves pétrolières ; lui permettre ensuite d’acquérir une technologie avancée ; et enfin lui donner un pouvoir économique au sein des pays industriellement développés, de l’échiquier mondial et des grands conglomérats. Chacune de ses acquisitions a été présentée comme ayant été réalisée par le Shah. Ce qu’on continue de faire plus d’un quart de siècle plus tard, surtout dans la presse française. Les prises de participation, avec souvent une minorité de blocage et des sièges dans les conseils d’administration ou les directoires, dans des compagnies comme Eurodif, Mercedes (12,5 %), Krupp (25 %) ou des raffineries de pétrole aux Indes et en Afrique du Sud - pour ne citer que quelques exemples - étaient faites par et pour l’État iranien. L’opération était coordonnée par la présidence du Conseil à Téhéran et suivie par une petite équipe installéeà Luxembourg et dirigée par d’anciens ministres. » (page 356)
...à propos du Shah Mohammad Réza Pahlavi
« Ceux qui ont assisté à ces mondanités avaient l’impression que le Shah les subissait plus qu’il ne les appréciait. Il souffrait de leur monotonie, de la futilité des propos. Il aimait, hélas, les flatteries. Mais appréciait heureusement, moins les flatteurs. » (page 362)
« Le regard fixé sur les horizons lointains, obnubilé par ce désir de faire de l’Iran un second Japon, de dépasser les pays européens, d’aller au bout de ses rêves, pensant que la « grande civilisation » était au coin de la rue, voyant les grands de ce monde faire les courtisans empressés pour le rencontrer, Mohammad Réza Pahlavi allait finir progressivement par être de moins en moins attentif à l’intendance, aux « détails », aux problèmes qui s’amoncelaient peu à peu et devaient et pouvaient être facilement résolus par le gouvernement, ce en quoi il n’avait pas tort. Mais le système autoritaire centralisé des deux dernières décennies n’avait pu mettre sur orbite un Foroughi, un Ghavam. Ceux qui en avaient l’envergure n’avaient pas la possibilité d’agir. Le mécontentement intérieur grandira ainsi. Les intérêts qui ne pouvaient tolérer un Iran puissant, indépendant, modèle et référence dans la région, ceux que blessait le discours hautain du Shah, ceux qu’inquiétaient les ambitions du pays firent ce qu’il fallait pour son effondrement. L’Iran devait être détruit. Comme Carthage ! » (page 373)
...à propos des femmes en Iran
« Le 8 janvier 1936, une loi spéciale, interdit le port du voile par les femmes. Elle est imposée et appliquée souvent avec rudesse, ce qui provoque des réactions parfois violentes parmi le clergé, et des mouvements de protestations à Qom et à Méchéd. Les forces de l’ordre les répriment sans ménagement. Ajoutée au service militaire, à l’instauration d’un système d’état-civil et des noms patronymiques et à la sécularisation des institutions judiciaires - toutes mesures que le clergé réprouvait -, l’interdiction du port du voile consomme la rupture entre le Shah et les mollahs. » (page 85)
« L’attitude de Mohammad Réza Pahlavi à l’égard de la femme et des femmes reste, du moins sur le plan privé, est celle d’un grand seigneur oriental comme on le décrit parfois : protectrice, attentive, d’une exquise courtoisie. Il a été personnellement à l’origine de la reconnaissance effective et officielle et de l’octroi des droits familiaux, politiques et sociaux aux femmes iraniennes, ce qui a provoqué le courroux d’une large fraction du clergé chi’ite. Il veillait à leur promotion au sein de la société iranienne. L’Iran eut, bien avant de nombreux pays occidentaux prompts à donner des leçons au monde entier,des femmes ministres, hauts fonctionnaires, officiers supérieurs, magistrats... À la veille de la révolution, l’égalité entre hommes et femmes était entrée dans les moeurs. C’était une avancée exceptionnelle en pays d’islam. » (page 348)
...à propos du Toudeh
« L’ambassade soviétique fournissait le papier à l’abondante presse du parti, celle de Grande-Bretagne en couvrait les autres dépenses en offrant même des emplois fictifs à quelques journalistes. » (page 134)
...à propos de la Savak
« Il s’agira désormais, avec l’aide des alliés occidentaux, de lutter contre l’espionnage et la subversion soviéto-satellite mais aussi de leurs ramifications politiques intérieures, de protéger le régime contre ses adversaires et d’en assurer la stabilité face aux menaces. Tel a été l’objectif de la transformation et, malheureusement, la justification ou l’explication des excès et abus, faux ou vrais, qui en résultent ou qui lui furent attribués. » (page 267)
...à propos du pétrole
« De 1955 à 1959, 135 millions de tonnes de pétrole seront extraites des gisements iraniens et 125 millions exportées. L’Iran gagne en cinq ans deux fois plus que ce qu’il avait gagné en quarante années entre 1911 et 1951 (soit la somme de 300 millions de livres sterling). Dès la reprise de l’exportation de pétrole, des mesures sont prises pour mener à bonne fin les projets inachevés du Ier plan septennal mis en chantier au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par le gouvernement Ahmad Ghavam ou par la suite. Un IIe plan septennal est préparé puis voté par le Parlement. Il entrera en application le 23 mars 1956, début de l’année iranienne. Les investissements envisagés, soit un montant légèrement supérieur à un milliard de dollars, se répartissent entre plusieurs secteurs jugés essentiels : agriculture, communications, industries et mines, réforme sociale, éducation et santé, services publics. Le Plan devait recevoir les quatre premières années 60 % des revenus pétroliers, puis de 75 à 80 % pendant les troisannées suivantes. Pour compléter les ressources affectées au développement, l’État reçoit l’autorisation de recourir au crédit international à moyen et à long terme jusqu’à concurrence de 245 millions de dollars. Le remarquable développement de l’économie iranienne allait démarrer. Les chiffres initialement prévus seront très vite dépassés. » (page 298)
...à propos de la puissance nucléaire
« L’acquisition de 10 % du capital d’Eurodif et la construction de quatre centrales nucléaires avaient fait craindre que l’Iran puisse se doter à terme, s’il le souhaitait, d’armes nucléaires. Le pays en avait les moyens financiers et surtout humains. Ses dirigeants répétaient qu’ils n’en avaient guère l’intention. On sait, aujourd’hui, qu’ils étaient sincères. Mais les ambitions nationales et internationales affichées par le Shah faisaient craindre le contraire, inspiraient méfiance.« En 1977 les États-Unis décident d’en finir avec le Shah...Il a obtenu son entrée dans le capital d’Eurodif. Dans cinq ans [l’Iran] deviendrait une puissance nucléaire... Il faut le renverser... Comme c’est la règle on va soutenir un opposant au régime en place, et organiser dans l’ombre son arrivée au pouvoir... » » (page 452)
...à propos de Khomeyni
« Arrivant à Paris pour son « stage de respectabilité », l’ayatollah Khomeyni n’était qu’un prélat d’importance, certes, mais loin d’être parmi les plus hauts placés de la hiérarchie chi’ite. Il n’avait qu’une notoriété limitée en Iran et pratiquement aucune dans le monde. Il fallait, dès lors, lui faire une stature, le doter d’une biographie de « leader emblématique », « fabriquer » le personnage comme l’écrira plus tard quelqu’un qui fut alors de ses proches avant de choisir la dissidence. On occulta son origine indienne, ce qui n’avait rien de déshonorant. On fit de son père, simple scribe au service d’un féodal local, « le chef de la communauté de Khomeyn ». Mensonge. On fit « assassiner » sur l’ordre de Réza Shah, qui n’avait accédé au trône que vingt-cinq ans plus tard !, ce père tué lors d’une rixe, dont l’auteur avait été jugé et pendu au début du siècle. Il était donc le fils d’un « martyr ». Mensonge. On a prétendu que sa vie avait été un « parcours de combattant anti-impérialiste ». Mensonge. On sait ce qu’il en est. » (page 426)
« Dès l’installation de l’ayatollah Khomeyni à Neauphle-le-Château, les médias du monde entier deviennent les instruments de propagande de la révolution iranienne avec un rôle particulier pour la télévision, quelques radios et certains organes de la presse écrite françaises. Pendant quatre mois, le monde entier aura les yeux braqués sur le personnage. Selon une source française, au total cent trente-deux interviews et cinquante déclarations publiques soigneusement retranscrites seront organisées pour lui. » (page 428)
...à propos de la France
« Le 3 juin 1923, quarante-six jeunes iraniens partent vers la France pour y être formés dans les écoles militaires. Le chef de l’état-major général des armées les accompagne pour mettre en marche une coopération franco-iranienne. D’autres groupes suivront. Ainsi, pendant plus d’un quart de siècle, les officiers formés à Saint-Cyr, à l’école d’artillerie de Fontainebleau, à l’école de médecine militaire de Lyon... formeront l’essentiel du cadre de commandement de l’armée impériale. Quelques-uns seront même de la vie politique comme le général Razmara. Les Français vont également participer à la création de l’Académie militaire de Téhéran, pépinière de futurs officiers des forces armées. » (page 56)
« Dès septembre 1926, chaque année cinquante à cent jeunes Iraniens, sélectionnés par un concours rigoureux en dehors de toute considération familiale, sont envoyés en Europe, surtout en France, pour effectuer des études supérieures. Ils forment progressivement l’ossature des nouvelles institutions du pays. Pendant des décennies, l’élite iranienne sera francophone et la France servira de modèle de référence non seulement à l’armée, mais à l’administration, aux universités, à toutes les nouvelles lois. » (page 73)

...à propos des Britanniques
« L’Iran de Réza ne voulait pas avoir recours au crédit extérieur pour financer son développement, encore moins au déficit budgétaire puisque l’équilibre des finances publiques était un principe auquel le Shah, en bon père de famille aux idées saines et simples, était fermement attaché. Pour couvrir les dépenses d’équipement, il n’existait donc qu’une seule ressource : le pétrole exploité par les Britanniques. La première grande confrontation avec Londres sur ce sujet devenait inévitable. Le 27 juin 1932, le ministre des finances Hassan Taghizadeh, notifie officiellement au président de l’Anglo-Persian Oil Company (APOC) que le gouvernement impérial refuserait désormais d’encaisser les royalties versées par la société, lesquelles sont jugées « insuffisantes » et « non proportionnées » aux besoins de l’Iran. La réponse britannique ne tarde pas. Le président de l’APOC rétorque le 29 juin que les royalties sont calculées sur la base de 16 % du « revenu net » de la compagnie en conformité avec le traité conclu entre le roi Qadjar Mozaffar-Ol-Dine et William Knox d’Arcy en 1901 pour une période de soixante ans. L’accord, rédigé en français, seule langue étrangère pratiquée à la Cour, n’indiquait pas la base précise de calcul de cette assiette fiscale sur laquelle les 16 % devaient être perçus. D’Arcy avait payé 20 000 livres sterling au Shah, qui en avait un besoin urgent pour effectuer un voyage d’agrément en Europe. Les gouvernements faibles de Téhéran avaient permis par la suite que la base de calcul retenue fût la plus restreinte possible : bénéfice net d’exploitation. Et ce sans contrôle. Une grande campagne contre la compagnie se développe en Iran. Le 8 août Londres proteste vivement. Le 29 octobre, geste spectaculaire de Réza : il se rend à Abadan terminal pétrolier iranien du Sud, et, devant un public nombreux de personnalités civiles et militaires et photographes de presse, fait ouvrir un robinet. L’« or noir » coule dans la mer. Le Shah reste là et regarde en silence. Personne n’ose intervenir. Cela dure d’interminables minutes, trente semble-t-il. « Puisque ce pétrole ne nous apporte rien autant qu’il soit perdu pour tout le monde », déclare le Souverain. Message clair. » (page 77)
...à propos du bloc soviétique
« Pendant une longue période, la tension est vive avec le bloc soviétique et la guerre de propagande fait rage. Les Iraniens installent même de puissants haut-parleurs sur de nombreux points de leur frontière avec l’URSS pour diffuser de la propagande anticommuniste. Cette fermeté iranienne sera payante. Moscou en prend acte, la tension s’apaise. Des accords de coopération sont signés. Les échanges techniques et commerciaux se développent. Cela sera un très grand succès pour le Shah, sa diplomatie et son gouvernement. Les bonnes relations avec le bloc de l’Est continueront en se renforçant jusqu’à la révolution. » (page 301)
« Grâce à la révolution islamique promue par l’Occident, et particulièrement les États-Unis, mais envers laquelle l’Union soviétique tenait à observer une neutralité officielle de façade, le pays des soviets avait pu réaliser tous ses objectifs stratégiques prioritaires : l’élimination de l’armée iranienne, un des piliers de défense du monde libre ; l’élimination de la présence occidentale en Iran ; la fin du rôle de « gendarme du golfe Persique » joué par l’Iran impérial ; alignement de la diplomatie iranienne sur les pays « non alignés » pro soviétiques et soutien direct aux mouvements subversifs et terroristes à travers le monde, appui et aide aux mouvements palestiniens les plus radicaux et transfert de plusieurs de leurs centres d’entraînement en Iran. » (page 488)
...à propos des Etats-Unis
« ... la campagne électorale de John F. Kennedy, ses discours libéraux et prometteurs, la méfiance critique d’une partie de son entourage envers la personne de Mohammad Réza Pahlavi et ses liens supposés avec des personnalités républicaines, puis l’élection en novembre 1960 et l’installation en janvier 1961 du président créent un climat moinsconfiant entre les États-Unis et le Souverain iranien. Une situation qui préfigure celle de 1978 et des relations irano-américaines sous l’administration Carter. Le bruit d’un coupd’État fomenté par Washington afin de renverser le Shah se fait insistant. L’entourage du président américain dénonce, comme le fera en 1977-1978 celui de Jimmy Carter, la brutalité des services spéciaux iraniens, la Savak, pourtant étroitement associée à la CIALe président des États-Unis n’en reçoit pas moins le très impopulaire chef de cette dernière, le général Teymour Bakhtiar. Procédé tout à fait inhabituel. » (page 304)
« En 1977, les États-Unis décident d’en finir avec le Shah. Non seulement l’Iranien est le meneur de la fronde de l’Opep, sous la bannière de laquelle les producteurs de pétrole moyen-orientaux sont unis comme jamais ils ne l’ont été, mais il a obtenu son entrée dans le capital d’Eurodif. Dans les cinq ans il deviendra une puissance nucléaire. Il faut le renverser. Bien sûr, ce ne sont pas les GI qui vont fondre sur Téhéran. Comme c’est la règle, on va soutenir un opposant au régime en place, et organiser dans l’ombre son arrivée au pouvoir. Les Américains jettent leur dévolu sur l’ayatollah Khomeyni, un professeur de droit religieux exilé en Irak depuis 1963... » (page 405)
« L’aspect rhétorique de l’explication de la politique américaine, l’accusation de non-respect des droits de l’homme étaient en fait destinés à légitimer le lâchage de leur ancien allié. La traditionnelle politique d’indignation sélective. L’explication se trouvait ailleurs : « [L’Iran] était en passe de devenir, grâce à une modernisation économique et sociale sans précédent en terre d’islam, la sixième puissance militaire du monde. Or, la géopolitique américaine consiste à ne jamais laisser l’allié devenir trop fort, ni sur le plan militaire ni sur le plan économique » » (page 459)