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Florence Aubenas et le marché des otages

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Accompagnant la guerre en Irak, la prise d’otages est devenue une industrie florissante dans ce pays. Le phénomène, apparu immédiatement après la chute du régime de Saddam Hussein, semble constituer une source de financement pour les insurgés.

"A en croire des informations en provenance de Paris, la libération de la journaliste Florence Aubenas aurait coûté la somme de 15 millions de dollars" (12,3 millions d’euros), relève Le Temps de Genève. Le quotidien britannique The Independent reprend, pour sa part, les investigations publiées en France par Le Canard enchaîné, qui évoque la même somme de 15 millions de dollars, mais pour la libération, fin décembre 2004, de deux autres journalistes français, Christian Chesnot et Georges Malbrunot.

Après la libération de Florence Aubenas, souligne le journal britannique, l’ambassadeur de France à Bagdad, Bernard Bajolet, a lancé des appels pressants aux quelques citoyens français encore en Irak, leur demandant de quitter le pays le plus rapidement possible, en insistant sur le fait que "le prochain rapt d’un Français ne saurait tarder". Pour The Independent, "en payant des rançons généreuses, bien au-dessus des prix pratiqués localement, pour libérer ses trois journalistes durant les six derniers mois, la France a de fait mis ses ressortissants en danger, et cela malgré l’opposition de Paris à la guerre déclarée, il y a deux ans, par Bush et Blair. Les citoyens français sont devenus des otages de choix pour les insurgés."

Les informations sur le paiement de rançons sont impossibles à vérifier, mais "l’évocation de tels montants révèle l’inflation dramatique du très lucratif commerce des otages en Irak, où une vingtaine de ressortissants étrangers demeurent aujourd’hui captifs et où, selon des chiffres officieux, près de 5 000 Irakiens auraient été enlevés depuis un an et demi", souligne Le Temps. Le journal suisse rappelle que le gouvernement italien avait été soupçonné d’avoir versé 1 million de dollars pour libérer ses deux ressortissantes, Simona Toretta et Simona Pari. Différentes entreprises jordaniennes et koweïtiennes ont aussi reconnu avoir déboursé plusieurs centaines de milliers de dollars pour sortir leurs employés des griffes des ravisseurs. "Le cas de Florence Aubenas pulvériserait donc ces funestes records."

"L’explosion du montant des rançons exigées et la prolifération des kidnappings d’Irakiens - selon un rapport d’octobre 2004, plus de cent médecins auraient été pris en otage ou tués depuis la chute de Saddam Hussein - correspond donc à une lame de fond : la transformation de la résistance en nébuleuse criminelle dont la priorité est l’extorsion de fonds par tous les moyens", poursuit le quotidien de Genève. Cette "reconversion" des insurgés serait due au fait que les actions militaires directes deviennent plus risquées, dans la mesure où les opérations des forces américano-irakiennes gagnent en efficacité.

Par ailleurs, les cadres des cellules combattantes, souvent d’anciens membres des services de sécurité de l’ancien régime, "se préoccupent maintenant d’assurer financièrement leur avenir, sous la pression de commanditaires eux aussi en mal de cash", signale Le Temps. Ainsi, l’argent des rapts ne va pas uniquement dans les poches des insurgés sur le terrain mais "une quote-part est aussi versée à des meneurs installés dans d’onéreuses villas, à Amman ou Damas".

Cette reconversion mafieuse d’un bon nombre de groupes insurgés, toujours capables en parallèle de fomenter des attaques ou des attentats, n’est pas surprenante. "Sous Saddam Hussein, les agents en civil des Moukhabarat (les services de renseignements, qui terrorisaient même l’armée et la police) se livraient déjà au kidnapping", rappelle le quotidien, avant de citer le professeur Paul Wilkinson, spécialiste du terrorisme, qui parle à propos de l’Irak d’une "industrie de la prise d’otages, avec ses sous-traitants spécialisés dans le rapt, la détention, l’exfiltration".

D’ailleurs, l’existence d’un système bien rodé tranparaît dans le cas des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot, "qui sont passés d’un groupe à l’autre, de leur lieu d’enlèvement à Latifiyah (au sud de Bagdad) à d’autres planques. Un exemple qui démontre aussi que les étrangers, proies privilégiées, sont souvent revendus." Néanmoins, le mystère demeure au niveau des organisateurs de ces enlèvements. Si la présence d’anciens baasistes au sommet de cette mafia criminelle est évidente, en revanche, "le rôle joué par des dignitaires religieux sunnites salafistes laisse perplexe", constate le quotidien suisse. Faisant référence à ces religieux qui s’emploient à jouer les intermédiaires, un diplomate australien ironise : "On a parfois l’impression, quand on leur parle, de s’adresser à un guichet de banque."

-  Courrier International

25 juin 2005

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