Etre ou ne pas être ... dans l’OTAN

Ne pas être…

Un rapprochement qui sent l’alignement. Une politique étrangère qui tourne le dos à la une doctrine d’autonomie pourtant suivie par tous les présidents successifs depuis le général de Gaulle. Il convient de souligner, à ce propos, que le président Busch senior, lors de la première guerre du Golfe, avait insisté sur la nécessité de la France de garder son autonomie (propos rapportés par Roland Dumas, présent aux entretiens Bush et Mitterrand durant la guerre du Golfe). L’engagement de nos troupes ayant alors été ordonné par le Président français.


Par Jacques Trappler

L’autonomie d’action, si chère au général de Gaulle, pourrait être anéantie par un retour dans l’alliance atlantique et ressembler à celle de la Grande Bretagne : aux ordres de l’alliance, qui décide des lieux et modes d’intervention sans qu’il soit possible de faire entendre une autre voix ou de tout simplement renoncer à un type d’action militaire qui ne correspondrait pas à notre politique. Ce serait, en substance, la fin de notre indépendance, en matière de défense et le début d’une politique d’alignement aux contours incertains.

Le général de Gaulle ayant conçu sa politique sur un fondement : « la France ne doit pas se laisser entraîner dans un conflit qui ne la concerne pas ». On peut se demander quels intérêts nous pourrions trouver à nous recentrer sur une organisation dont le coeur est les Etats-Unis et surtout s’interroger sur les conséquences quant à l’opportunité de persister à vouloir organiser une défense européenne. Or, en Europe, un rapprochement de la France avec Londres pourrait signifier l’abandon d’une réelle défense européenne au profit d’une OTAN protectrice de nos intérêts ne nécessitant plus, désormais, de défense européenne indépendante.

Etre...

La question, pour la France, d’envoyer des renforts en Afghanistan s’est posée aux Etats-Unis et la réponse a été apportée à Londres sans que les parlementaires français – absence de débats en amont -ne soient informés du type de la mission et de ses objectifs.

Il est cependant clair que la France, dans cette mission afghane, est pleinement concernée : l’Afghanistan ne doit pas redevenir la base arrière du terrorisme mondial. Notre implication doit être forte et à la hauteur de la voix de la France.

Que vaudrait notre voix sans notre présence à l’endroit même ou se joue une bataille décisive contre le terrorisme ? Comment peut-on un instant croire que notre non implication ou molle implication pourrait nous soustraire des foudres d’Al Quaïda ?

Le président n’a pas la partie facile mais imaginons les conflits de demain et soyons réalistes à défaut d’être raisonnables : les Etats-Unis sont nos alliés de toujours, nos communes valeurs justifient amplement notre attachement à une alliance qui a fait ses preuves. Il est temps d’y réfléchir, et de ce point de vue, la réflexion de Nicolas Sarkozy devrait prévaloir sur la méthode.

Devant la boule de cristal du temps nous pouvons imaginer, demain, une Méditerranée saturée de forces navales étrangères hostiles à nos valeurs et intérêts. Que pèserait alors notre force aéronavale, seule, sans la puissance de l’OTAN ? Nos intérêts ne doivent pas être à géométrie variable, notre réintégration à l’OTAN est nécessaire et possible sans abandon de souveraineté. Laissons le fantasme d’une « fusion acquisition » de nos forces nous plaçant au rang de valets aux ventres mous. En matière de défense, notre place est avec nos alliés et, à la clé, un légitime commandement en Méditerranée articulé autour du Charles de Gaulle, pourquoi pas !

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l’auteur.

4 commentaires

D.Legrandjacques (27 avril 15:21)
On peut certainement être du coté des pays qui partagent les mêmes valeurs historiques et personne ne contestera que nous avons plus de liens avec les E.U qu’avec la Russie pour ne citer qu’elle. La France n’a jamais lâché l’Alliance Atlantique et participe de fait à l’OTAN. Vouloir dire, en faisant court, que si la France n’intègre pas le commandement intégré de l’OTAN , elle n’est pas l’ami des E.U est une malhonnêteté intellectuelle patente et régulièrement resservie et réchauffée :-((. Sarkozy fait le pari d’un feu vert des E.U pour une PESD en contrepartie de cette intégration. Je pense que c’est un jeu de dupe car dans ces domaines hautements sécuritaires, je reste convaincu que « les E.U n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts » (C’est leur président qui l’avoue par ailleurs). Pour s’en convaincre et juste à titre d’exemple(même si on change de sujet et d’échelle),il suffit d’observer comment évolue les « partenariats amicaux » du JSF35 :-/ ! Certains amis des E.U et non des moindres traités comme des sous fifres juste bon à payer ( sans autre perspective que de devoir exécuter en silence) voudraient bien se dégager de cette belle amitié à sens unique. Pour le moment, ils ne sont certains que d’une chose c’est qu’elle va leur couter très très cher :’-(.On pourrait en prolongement de cet exemple longuement parler des incidences sur le développement de la R&D et de la mutualisation des couts de l’armement européen (volet de la PESD)hypothéqué à souhait par le biais de ce cas JSF35...passons !:-(( Concernant l’OTAN, elle est de notoriété publique l’instrument de contrôle militaire US en Europe et à ce titre, il n’y a pas de place pour deux entités, qui sont quoi que l’on en dise, en concurrence ou sont appelées à le devenir. Les E.U ne laisseront jamais se développer cela qui plus est au moment ou les E.U ont toutes les peines à implanter leur bouclier anti missile. En conclusion, je pense que la France pouvait tout a fait renforcer et mettre à niveau ses effectifs en Afghanistan comme elle le décide actuellement sans intégrer ce commandement de l’OTAN. On pourra rétorquer que le symbole de l’intégration est fort et que les E.U avaient besoin de ce dernier. Ce n’est quand même qu’un symbole que l’histoire aurait traité comme un détail.
éo (30 avril 08:42)
Voici un exemple à méditer : L’allemagne est un pilier de l’otan. Elle n’est pourtant pas en Irak. Elle a choisi elle même son déploiement en Afga. Elle est aujourd’hui bien plus musclée que l’armée Francaise. Succès indéniable de ses matériels nationaux à l’export, et notemment dans les pays de... l’OTAN. Ex : Leo 2, PZH 2000...
PLO (5 mai 10:54)
l’Allemagne est un mauvais exemple car, du fait de son historique, il lui est interdit, dans sa constitution, d’intervenir à l’étranger (comme le Japon). Aujourd’hui, les interventions étrangères de l’Allemagne sont particulièrement encadrées et ont nécessité des contorsions politiques pour les permettre. Souvenez vous des alliances des siècles derniers et ce qu’elles ont impliqué pour les puissances de l’axes et pour les alliés : 2 guerres mondiales ... Vous ne croyez pas que cela suffit. Nos gars ne doivent pas sacrifier leurs vies et la vies de civils innocents pour satisfaire les lubies d’une puissances déclinante. Vive la France libre !
Blacklist (10 mai 23:10)

C’est toujours avec tristesse que je lis en cette année 2008 ces propos convenus sur la nécessité de l’OTAN et la glorification de l’amitié américaine. Comme si la guerre froide continuait aujourd’hui ...

En fait, ça n’aura échappé à personne, elle existe bien un peu, on pourrait même dire qu’elle renaît de ses cendres, la question est de savoir pourquoi ? En effet, après l’effondrement de l’URSS, la Russie s’est tournée vers l’Europe, laquelle, inféodée à l’Amérique a laissé faire l’extension de l’Alliance aux anciennes républiques démocratiques du Pacte de Varsovie alors même que l’écroulement de ce Pacte aurait logiquement dû également entraîner sa fin. Mais comme si cela ne suffisait pas,les Américains ont fomenté l’insurrection du Kosovo, permettant ainsi à l’OTAN d’effectuer ses bombardements « humanitaires » en Serbie, allumant ainsi un foyer chronique en Europe. Pour faire bonne mesure, les USA veulent maintenant installer un bouclier anti missile au plus près des frontières russes et tentent également d’intégrer l’Ukraine et la Géorgie dans l’OTAN, afin de priver, ce faisant, la Russie de son accès multi-séculaire à la mer noire !

Or, de toutes les réalités, disait Clausewitz, il n’y en a pas de plus tétues que la géographie. C’est ainsi qu’avec la chute du mur, le principal obstacle à l’unification économique du continent, préfigurant son unification politique était levé. La Russie a soif de notre technologie et de nos produits manufacturés, comme nous, Européens, avons besoin de ses matières premières, à commencer par le gaz, dans le moment où la planète semble avoir atteint le « Pic oil ». Sans comper que ce pays n’a plus de dettes et ques ses ressources, comme ses besoins sont immenses.

Naturellement une telle perspective est inadmissible pour les Américains qui ne peuvent supporter une telle concurrence. C’est la genèse de l’Europe, économique d’abord, politique ensuite, qui les préoccupe au plus haut point. De là, toutes les tentatives, commencées sous l’ère Clinton et poursuivies par l’équipe actuelle pour engendrer des conflits sur notre vieux continent, outre le fait que la fin de la guerre froide est une catastrophe pour leur lobbie militaro-industriel. Il y a aussi le fait que la Russie reste un pays souverain, pas encore totalement envahi par les produits US, et qui a d’autres ambitions que de devenir à moyen terme, une sous préfecture de l’empire.

La forte présence militaire US ne repose en rien sur un idéalisme vertueux de défense des démocraties européennes mais bien sur la défense des seuls intérêts américains. Loin d’être un facteur de stabilité, cette présence est la principale cause des conflits actuels ou en cours de génération en Europe, et l’OTAN n’a pas d’autre but que d’entretenir ces conflits et de faire des armées européennes les supplétifs de l’armée américaine exclusivement au service des intérêts US.

Pour en terminer avec cet article, j’aimerais savoir d’où sort ce fantasme « d’une Méditerranée saturée de forces navales étrangères hostiles à nos valeurs et intérêts » dont l’Europe ne serait pas capable de se défendre. S’agirait-il de la marine algérienne, lybienne, ou monténégrine ?

La guerre froide est terminée, l’OTAN doit se dissoudre, le 21 ème siècle doit être celui de l’Europe.

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:’-)):’-(:-)):-((;-):-):-(:->|-):o)B-):-P:-|:-/:-O

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