Accueil > Articles > Analyses

Est-ce que la place de la Turquie est encore à l’O.T.A.N ?

  • 17 commentaires Réagir
  • Partager Publier sur MySpace !
  • Taille du texte A A A

En plein dans son soixantième anniversaire, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord se trouve confrontée à un problème totalement nouveau – celui de la présence de l’islam radical, incarné ici par la République de Turquie, à l’intérieur de ses propres rangs.

Version originale anglaise : Does Turkey Still Belong in NATO ? Adaptation française : François de Champvert

Ankara a adhéré à l’OTAN en 1951 et peu après les forces turques ont combattu vaillamment avec les alliés en Corée. Les Turcs ont résisté à l’Union soviétique pendant des décennies. Après les Etats-Unis, la Turquie est le second pays à avoir le plus grand nombre de troupes dans l’alliance.

Avec la fin de la Guerre Froide, la mission de l’OTAN a changé et certains ont vu l’islamisme comme le nouvel ennemi stratégique.

Déjà en 1995, le secrétaire général de l’OTAN, Willy Claes, avait comparé l’islamisme à l’ennemi historique en disant : « Le fondamentalisme est au moins aussi dangereux que le communisme ». Avec la fin de la Guerre Froide, a-t-il ajouté, « le militantisme islamique a surgi comme peut-être la plus sérieuse menace pour l’alliance de l’OTAN et pour la sécurité occidentale ».

Effectivement, l’OTAN a d’abord invoqué l’article 5 de sa charte constitutive, appelant à « une autodéfense collective » pour entrer en guerre contre les Talibans en Afghanistan en 2001, en riposte aux attaques du 11 septembre lancées à partir de ce pays.

Plus récemment, l’ancien premier ministre espagnol José Maria Aznar a soutenu que « le terrorisme islamiste était une nouvelle menace qui les touchait tous et qui englobait tout, mettant l’existence même des membres de l’OTAN en danger » et il préconisait que l’alliance concentre son attention sur le combat contre « le jihadisme islamique et la prolifération des armes de destruction massive ». Aznar demandait de « mettre la guerre contre le jihadisme islamique au centre de la stratégie des alliés ».

Claes et Aznar ont raison, mais leur vision des choses est maintenant compromise parce que les islamistes se sont introduits dans l’alliance des 28 Etats, comme ce fut illustré de façon spectaculaire ces derniers jours.

Comme le mandat du Secrétaire général Jaap de Hoop Scheffer arrivait à son terme en juillet, tout le monde a été d’accord pour faire du Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, 56 ans, son successeur. Mais Fogh Rasmussen était en fonction au début de 2006 quand la crise des caricatures [de Mahomet] avait éclaté et il avait soutenu que, en tant que Premier ministre, il n’avait aucune autorité pour dire à un journal privé ce qu’il ne pouvait pas publier. Cette attitude lui avait valu beaucoup de critiques de la part des musulmans, y compris du Premier ministre de Turquie Recep Tayyip Erdogan qui avait fait savoir à Fogh Rasmussen, à l’époque, que « les libertés avaient des limites et que ce qui est sacré devait être respecté. »

Quand Fogh Rasmussen s’était présenté pour le poste de l’OTAN, Erdogan avait continué à lui garder rancune, disant que son gouvernement considérait « de façon négative » la candidature de Fogh Rasmussen parce que, expliquait Erdogan, « j’avais demandé une réunion des dirigeants musulmans dans son pays pour expliquer ce qui se passait et il s’était abstenu de faire quoi que ce soit. Alors comment peut-on attendre de lui qu’il contribue à la paix ? »

Finalement, Fogh Rasmussen a été choisi parce qu’étant le candidat du consensus, mais à quel prix ! Le Danois n’a remporté le poste qu’après s’être engagé dans d’intenses négociations avec le président turc Abdullah Gül sous l’égide de Barack Obama. Fogh Rasmussen a promis de nommer au moins deux Turcs à des postes de haut niveau et de répondre publiquement aux inquiétudes des musulmans à propos de la réaction qu’il avait eue face aux caricatures de Mahomet. De façon plus générale, Erdogan a annoncé : Obama « nous a donné des garanties » concernant ces réserves turques au sujet de Fogh Rasmussen.

Les obstacles que Fogh Rasmussen a dû franchir pour gagner le soutien d’Ankara sont faciles à deviner à partir de ces remarques serviles embarrassées, à la façon d’un « dhimmi » [ *protégé juif ou chrétien traité de façon humiliante par les musulmans] pour arriver à obtenir sa nomination : « En tant que Secrétaire général de l’OTAN j’élaborerai un programme très précis de sensibilisation au monde musulman pour garantir la coopération et intensifier le dialogue avec le monde musulman. Je considère la Turquie comme un allié très important et un partenaire stratégique avec qui je vais coopérer, faisant tous nos efforts pour assurer de la meilleure façon cette coopération avec le monde musulman. »

Il semble que nous assistons à l’émergence non pas d’un OTAN énergique sur le modèle Claes-Aznar, conduisant la lutte contre l’islam radical mais à l’émergence d’une institution incapable d’agir – entravée de l’intérieur, incapable de s’opposer à la principale menace stratégique de crainte d’offenser un Etat membre.

L’islamisme n’est pas le seul problème qu’a l’OTAN avec la Turquie. Dans ce qui surgit comme étant une Guerre Froide au Moyen-Orient- avec Téhéran à la tête d’une faction et Riyad conduisant une autre faction, Ankara a été à plusieurs reprises du côté du premier, accueillant Mahmoud Ahmadinejad, défendant le programme nucléaire de l’Iran, développant le champ de pétrole iranien, faisant passer des armes iraniennes au Hezbollah, soutenant ouvertement le Hamas, condamnant violemment Israël et retournant l’opinion publique turque contre les Etats-Unis.

Notant ces changements, la journaliste Caroline Glick exhorte Washington à « lancer l’idée de retirer la Turquie de l’OTAN ». L’administration Obama n’est pas prête à le faire. Mais avant qu’Ankara ne rende l’OTAN inefficace, les observateurs objectifs devraient considérer dans tous ses détails cet argument.

Par Daniel Pipes, 9 mai 2010

Retour haut de page

17 commentaires pour cet article

Page 1 | 2 | 3 | 4 |>

  • Myshl 24 mai 13:13

    Le débat est insidieusement faussé.
    Le problème n’est pas l’islam.
    Le problème est que la Turquie, un grand pays,
    et les turcs, un grand peuple, sont à un carrefour.
    L’OTAN ne leur a pas ouvert la porte de l’Europe,
    on les laissés sur le paillasson.
    Alors ils regardent la porte du voisin,
    celle de la Russie, celle de l’OTSC.
    Et ils regardent leur jardin, l’immense espace turcophone,
    puis les autres pays musulmans.
    A trop les mépriser on leur montre la porte d’à côté.
    Exclure la Turquie de l’OTAN serait la dernière des imbécilités.
    Si l’OTAN devait ne devenir que le bras armé de "l’occident chrétien",
    piloté depuis la bible-belt des Etats-unis, ce serait une catastrophe.
    Un mur est tombé il y a une vingtaine d’année,
    on a oublié de licencier les maçons...

    Répondre

  • Delepierre 8 avril 07:03

    quel article injuste envers la Turquie ! pays qui a donné le droit de vote aux femmes bien avant la France, pays qui interdit le voile dans ses écoles et universités ! pays dont l’armée moderne et bien équipée n’a rien d’islamiste !

    Répondre

  • Evelyne F. Petite Mauvaise Oups 31 mars 14:50

    Les musulmans peuvent tenir à leur religion et la pratiquer sans que les imbéciles aillent semer le trouble. C’est ce que dit la loi française. Les autres religions peuvent faire de même. Mais ceux qui se sont éloignés des idées religieuses peuvent exister aussi et vivre de façon normale et correcte. D’ailleurs ces laïques se sont éloignés des religions à force de constater les excès de nombreux religieux en toutes les religions. Etre laïque c’est comme voter blanc (sauf pour les votes vraiment cruciaux où l’on choisi le moins pire ...)parce qu’on pense que les politiques sont tous malhonnètes, ou presque, mais de toute façon ils sont tous uniquement intéressés par les sondages et le bon éclairage devant les caméras. Ils font de la publicité pour obtenir "des gogos" qui croient en eux. En religion c’est pareil. D’une éducation catholique j’ai gardé des préceptes : le respect se mérite, il doit être mutuel aussi ; ne pas faire à autrui ce qu’on ne voudrait pas qu’il nous fasse ..... qui sème le vent ..... etc femme d’un naturel laïque et tolérant je n’aime pas (pour parler cruement puisqu’il faut savoir le faire) que l’on tente de me briser les nerfs et me pourrisse la vie. En fait je suis devenue très irascible parce que les "gens à bonnes idées" ? passent leur temps à enquiquiner et pourrir la vie de ceux qui pensent "gentil". Mais bon et con ne commence pas par la même lettre.

    Répondre

  • JMBajart 31 mars 14:29

    J’ai lu avec intérêt l’article intitulé « Est-ce que la place de la Turquie est encore à l’O.T.A.N ? », que je trouve très simpliste. En effet, s’il existe un fondamentalisme musulman, agressif et intolérant, il existe aussi en Occident un fondamentalisme judéo-chrétien et un fondamentalisme judaïque qui sont, à tout le moins, aussi dangereux. Les discours de Sarah Palin, de Georges W. Bush ou de Benjamin Netanyahou n’ont jamais été différents dans le fond, des discours de Bin Laden, d’Amadinedjad et autres fous de Dieu : leurs motivations profondes sont identiques. Malheureusement pour nous, les Sarah Palin et les Georges Bush sont très nombreux en Occident et particulièrement dans ce pays qui se prétend encore aveuglément le maître du monde : les États-Unis. Lorsque ces fondamentalismes religieux débordent sur un fondamentalisme sociopolitique, comme le prouve, par exemple en Occident l’incapacité du capitalisme à se réformer, la confrontation des cultures est inévitable et le malheur des peuples est assuré. Les discours deviennent doctrinaires, hypocrites et ambigus et trop souvent, ce qui est bon pour soi ne l’est pas pour les autres. La manipulation et la propagande règnent en maîtres ! Le prosélytisme, religieux ou économique, n’est pas l’apanage des pays musulmans, loin s’en faut et on ne convainc pas par la force mais par l’exemple. La divinité est prise en otage et l’on s’en sert abondamment pour justifier toutes les injustices et toutes les guerres qui sont, bien entendu, pour le bien commun et pour les valeurs supposément civilisatrices de chaque camp. Dites-moi plutôt que l’on va se confronter sur cette planète pour la survivance (pétrole, eau, nourriture), je comprendrai, sans être nécessairement pour la solution de la guerre, mais au moins je pourrai reconnaitre dans le discours une honnêteté honorable . L’animal prédateur tue et s’approprie, l’humain partage : le comprendre, c’est faire preuve d’intelligence et de civilisation !

    Voir en ligne : http://www.armees.com/Est-ce-que-la-place-de-la-Turquie.html

    Répondre

  • TeddyK 2 mars 02:52

    A ceux qui se sont référés aux croisades, en les présentant comme une agression de l’occident : Il faut leur rappeler que les croisades ont pour origine les invasions musulmanes sur ces terres qui étaient juives et chrétiennes deux siècles auparavant ... Pourquoi faut-il que les musulmans se présentent toujours en victime ? ...

    Répondre

Page 1 | 2 | 3 | 4 |>


Réagir

Info : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Retour haut de page Retour aux commentaires

chroniques
derniers titres
Articles
Librairie Armes & Collections
  • Raids 292 Septembre 2010

    EN DIRECT DES ARMÉES POINTS CHAUDS DÉPLOIEMENT Alpins en Afghanistan : d’un mandat à l’autre COMBAT La DEA en Afghanistan (...)