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Espionnage business, guerre économique et renseignement...

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Ainsi que le souligne un article récemment publié sur Armees.com, les ingénieurs chinois travaillant dans les usines d’armements « s’inspirent » fortement des technologies russes. Moscou n’est pas de seul à pâtir de cette situation.

Jean-Jacques Cécile, dans son ouvrage intitulé Espionnage business, guerre économique et renseignement (éditions Ellipses, 2005) revient sur le contexte de cette problématique. Extrait.

Le royaume de la copie technologique

En République Populaire de Chine, la structure même de l’Etat est intrinsèquement de nature à permettre toutes les synergies trans-catégorielles entre organismes qui, selon les standards occidentaux en la matière, devraient pourtant avoir des buts sinon divergents, au moins différents. Ainsi, bouclé dans sa version Top Secret le 3 janvier 1999, le Final Report of the House Select Committee on US Security and Military/Commercial Concerns with the People’s Republic of China , dit Cox Report, précise que la State Commission of Science Technology and Industry for National Defense (COSTIND) contrôle depuis Beijing « un vaste, inextricable réseau d’institutions se consacrant à la caractérisation, à l’évaluation et à l’application des technologies avancées aux besoins militaires de la République Populaire de Chine. Les plus importantes de ces institutions sont organisées comme des sociétés, bien qu’étant directement au service du Parti communiste chinois, de l’Armée populaire de libération et de l’Etat. Ce sont : la China Aerospace Corporation (CASC), la China National Nuclear Corporation (CNNC), le China North Industries Group (NORINCO), l’Aviation Industries Corporation of China (AVIC) et la China State Shipbuilding Corporation (CSSC) ». Hormis ces géants, d’autres organismes commerciaux plus discrets peuvent être mis en cause : nombreuses sont les sociétés nationales qui comprennent dans leur organigramme un département chargé des opérations de reverse engineering à l’exemple de Huawei Technologies fondée en 1988 par Ren Zhengfei, ancien directeur d’un organisme des sciences de l’information rattaché à l’état-major de l’Armée populaire de libération . Bien entendu, ce département se doit d’être régulièrement ravitaillé en données fraîches et croustillantes : justement, après que la société américaine Cisco System ait, en juillet 2004, retiré une plainte déposée contre Huawei Technologies pour violation de la propriété intellectuelle, il ne fallut pas longtemps à cette dernière pour se retrouver une fois encore au centre d’une affaire d’espionnage économique. Un de ses employés fut en effet « intercepté » dans les allées du salon Supercomm Show alors que, semble-t-il, « il y photographiait les circuits d’une machine de gestion des réseaux (…) qu’il aurait ouverte à cette fin. L’homme, Yi Bin Zhu, portait un badge avec l’inscription Weihua (Huawei à l’envers) » .

En matière de reverse engineering, les ingénieurs de l’Empire du milieu apparaissent devoir être considérés comme des maîtres en la matière, à tel point que leur zèle a donné naissance à une méthode dite du « mur chinois ».

En quoi consiste-t-elle ? Elle implique deux équipes indépendantes.

-  La première prend en charge le matériel et le démonte ; ce faisant, elle rédige un document le décrivant aussi précisément que possible et décrivant ses fonctions sans aucune référence à un quelconque numéro de série, type ou classification technologique.

-  La deuxième équipe récupère ce document et reconstruit un système équivalent à partir des seules spécifications listées sans jamais avoir vu, touché ou mis en œuvre le système initial.

La liste des armements chinois ayant bénéficié d’opérations de reverse engineering est longue ; les premiers industriels à en avoir fait les frais furent les entreprises d’Etat soviétiques : chasseurs MiG-21 ou bombardier Tu-28 se virent par exemple respectivement transformés en J-7 et H-6 . Plus près de nous, les ingénieurs russes ayant développé et exporté vers la République Populaire de Chine les chasseurs-bombardiers biréacteurs Su-30MKK (« modernizirovannyi kommerchesky dla Kitaya », c’est-à-dire « version modernisée pour l’exportation vers la Chine ») avaient pris soin de livrer les logiciels de gestion du système d’armes sous forme de « boîte noire » : il a été révélé que Zhu Rong Gong, ingénieur informaticien travaillant au profit du Luoyang Institute of Electro-Optical Equipment, également dénommé AVIC Research Institute Number 613, avait réussi à dupliquer les logiciels en question, lesquels logiciels étaient susceptibles d’être utilisés dans le cadre de la production d’une version locale de la famille soviéto-russe des Su-27/Su-30, le J-11 .

De même, les industriels français ont été concernés par le phénomène principalement dans le secteur aéronautique : la Changhe Aircraft Industry Corporation a ainsi dupliqué les hélicoptères SA-321Ja Super Frelon et Eurocopter AS-365N Dauphin II pour en faire respectivement des Z-8 et Z-9B, ce dernier ayant 71,9 % de composants développés localement.

Par quels circuits les systèmes volés ou plus simplement achetés sont-ils acheminés en République Populaire de Chine ? Quatre exemples permettent d’y voir un peu plus clair.

-  Le premier est relatif à une tentative d’acquisition illégale de systèmes de cryptage américains KIV-7HS : la technologie utilisée est tellement sensible que l’exportation des systèmes en question doit être spécifiquement autorisée non seulement par le Department of State mais aussi par la National Security Agency. Ceci n’empêcha nullement un dénommé Eugene Hsu de contacter Mykotronx Incorporated, société commercialisant le KIV-7HS au profit de Rainbow Technologies Incorporated, afin de s’enquérir des prix pratiqués à la vente. Lui et son complice David Yang avaient l’intention d’en commander deux exemplaires pour les envoyer à Carlson Ho, employé de la société Wei Soon Loong Private Limited opérant depuis Singapour et dont le rôle se serait limité à convoyer les systèmes vers la République Populaire de Chine. Plusieurs mois d’enquête de la part de l’US Customs et du Defense Security Service permirent de mettre la tentative en échec.

-  Deuxième exemple : Wong Ah-wan, la propriétaire d’une société basée à Hong Kong sous la raison sociale de Means Come Limited, fut accusée par des « officiels appartenant aux services de renseignement US » d’avoir vendu 7 200 circuits électroniques durcis contre les radiations à Great Wall Industry Import and Export, société dont le siège social est implanté en République Populaire de Chine. Les circuits en question avaient été achetés aux Etats-Unis par Means Come Enterprises, filiale américaine de Means Come Limited. Et le rédacteur de la Far Eastern Economic Review d’ajouter : « C’est en date le dernier cas permettant de mettre en exergue le rôle joué par Hong Kong en tant que lieu de transit pour le trafic de biens stratégiques vers la Chine, une activité dont les organismes de renseignement occidentaux affirment avoir observé l’intensification depuis que la Grande-Bretagne a rendu le territoire à Beijing » .

-  Le troisième exemple implique la société Datang Telecom Technology contrôlée par la China Academy of Telecommunications Technology après avoir été créée en tant que joint venture entre l’académie en question et « un groupe d’étudiants chinois aux Etats-Unis » . Or, en mai 2001, deux scientifiques d’origine chinoise travaillant au sein de Lucent Technologies Incorporated ainsi qu’un troisième larron furent arrêtés et accusés d’avoir voulu livrer à Datang la technologie PathStar Access Server développée par Lucent pour permettre une meilleure utilisation d’Internet en tant que réseau téléphonique de substitution. Les deux scientifiques, Lin Hai et Xu Kai, avaient fondé la société ComTriad Technologies Incorporated et le troisième homme, Chang Yong-Quing, s’était empressé de négocier la constitution d’une joint venture entre ComTriad et Datang. Mettant à profit leur position au sein de Lucent, Lin Hai et Xu Kai s’étaient mis en devoir de développer un système analogue à PathStar et dénommé CLX1000 .

-  Le quatrième et dernier exemple sera constitué de cette citation extraite de Alertes, la « Lettre des risques internationaux et concurrentiels du groupe Geos » : « Deux hommes d’affaires d’origine chinoise ont été arrêtés (...). Les enquêteurs ont trouvé sur eux une quantité importante de documents concernant les secrets commerciaux de Sun Microsystems, Nec Electronics, Transmeta Corp et Trident Microsystems. Il semble que les deux hommes projetaient de créer une société de microprocesseurs avec le soutien du gouvernement chinois » .

Ces « tranches de vie » mettent en lumière plusieurs phénomènes au rang desquels un constat est à distinguer : les lignes de partage traditionnelles séparant sociétés commerciales et services de renseignement deviennent floues pour ne pas dire inexistantes dès lors que la structure d’une nation est fortement étatisée ; c’est une constante relative aux régimes centralisés, laquelle constante favorise l’agressivité en matière de renseignement ainsi que d’opérations spéciales et clandestines. Pour autant, il s’agit d’être certes vigilant mais non pas crispé dans une attitude de déni systématique : on doit garder à l’esprit que, outre-Atlantique, l’intérêt du moment est parfois à la diabolisation de certaines nations, République Populaire de Chine en tête. On doit donc s’attendre à ce que tout faux pas puisse être conjoncturellement mis en exergue.

21 mai 2009

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3 commentaires pour cet article

  • 17 mars 2009 00:53

    tout ça n’est pas grave.mouais.mais quand un de nos soldats se prendra une balle mortelle d’ak-47 d’origine chinoise, espérons qu’un jour sa famille n’ait pas à la rembourser au fournisseur, comme tout condamné de ce pays.c’est de l’humour noir, mais assez., !assez de complaisance avec eux.j’ai vu il y a peu de temps le film de jean yanne les chinois à paris.je l’ai cru obsolète,aprés les jeux olympiques, c’était analogiquement tordant.une jeune étudiante chinoise de l’utc de compiègne a été soupçonnée d’espionnage chez valéo.disculpée, le trés puissant pdg du groupe, grand manitou du management, a minisé l’impact de l’affaire, un ordi de seulement 40 giga octet a été retrouvé chez elle, les info enregistrées n’étaient que mineures, n’auraient de toute façon pas pu servir, elle n’était de toute façon que d’un niveau moyen , etc, etc....on ne peut pas recopier des info sur clé usb ?les enregistrer au fur et à mesure, les télétransmettre, meme avec des moyens d’espionnage anciens, désormais délaissés de la surveillance, al-kaida, et autres terroristes, se sachant repérés par les portables(éliminations par repérage de nombreux responsables(,du hamas,tchétchènes, ec..), pratiquent ;le téléphone arabe, les courriers classiques, la billéterie.les américains,soupçonnant des ordinateurs d’etre programmés en espions provenant de chine pour leur administration les ont refoulés.les japonais,raillés dans les films des années70-80 pour leurs légendaires appareils photos espions, font désormais des robots mannequins,ça sert à quoi, je sais pas vraiment, mais ils les font , pas nous.l’empire chinois copie, produit, augmente son budget militaire, se dote de gros porteurs transports de troupes, pour quels objectifs ?au fait ;ils ne sont pas en train de nous remplacer en afrique ?avant de partir, faudra les prendre en photo, ça fera de jolis souvenirs pour nos générations futures

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  • jk 13 février 2009 11:44

    Du point de vue des espoinnés, cette forme d’espionnage est évidemment condamnable, c’est pas ’joli-joli’.
    Mais du point de vue chinois, c’est de bonne guerre.
    Dans la compétition mondiale, point d’éthique, le meilleur gagne.
    Ce n’est pas un hasard si les plus ’grands’ pays du monde ont tous des centrales de renseignement efficaces (USA, Chine, Israel , Russie, France, Allemagne, Angelettre pour ne citer que les plus connus).
    L’espionnage est une arme pour les Etats au même titre que les missiles de croisière.
    Il convient donc pour tout pays soucieux de survivre sur l’échiquier politique et stratégique mondial de s’assurer de pouvoir espionner et aussi (et c’est très important) contre-espionner.
    Je rejoins ’jps’ dans son point de vue selon lequel l’Occident se plaint d’espionnage industriel alors qu’il s’est précipiter sur un marché chinois prometteur et sur des usines produisant à faible cout sans mesurer la puissance des outils d’espionnage de ce pays.
    Autre exemple sur lequel votre site a déjà publié plusieurs articles interessants : la cyber-guerre. Les chinois (tout comme les russes) sont réputés pour ne pas être de mauvais informaticiens...un hasard ? Non une simple compréhension du fait que les réseaux informatiques sont les nouvelles clés de voute des civilisations occidentales.
    Au lieu de nous plaindre de la curiosité des voisins (hypocritement car nous faisons la même chose, y compris avec des pays ’amis’), prenons des mesures pour contrer cette curiosité.
    Enseignons en premier lieu des notion de sécurité de base à nos entreprises en matière de protection des données, afin qu’elle soit plus difficilement la cible des puissances conccurentes.

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  • jps 3 février 2009 09:20

    C’est bien fait ! tout le monde s’est précipité en chine pour vendre son matériel, s’imaginant trouver là une inépuisable clientèle. Pire ! certains n’ont pas hésité à délocaliser là-bas, comptant sur une M.O. bon marché.

    C’est nôtre "pétrole" que nous avons bradé là et nous commençons à nous en mordre les doigts. Remarquez qu’ils ne font jamais que marcher sur les traces du japon... plus d’industrie électronique, photographique, plus de sidérurgie.

    Ils s’offrent allègrement, et en quelques mois, près de 200 ans de technologie sans avoir à se casser la tête... et pendant ce temps-là nos usines ferment ici en europe.

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