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RIA Novosti
En veillant à leur sécurité, les compagnies commerciales mettent souvent en pratique ce que les auteurs de romans anti-utopiques ont décrit dans leurs oeuvres lugubres. Selon différents sondages, entre la moitié et 80% des organisations américaines utilisent telles ou telles méthodes de surveillance et de contrôle de leurs employés, et presque une entreprise sur deux vérifie le courrier électronique de ses collaborateurs et les sites Internet qu’ils fréquentent.
Le boom de l’espionnite a commencé en Occident il y a environ deux ans. C’est alors que, ayant senti la nouvelle tendance, les firmes spécialisées se sont mises à développer activement et à mettre sur le marché différents dispositifs utilisés pour surveiller les employés. Par exemple, l’écossais Trisent a élaboré en 2006 un système de surveillance des déplacements des employés utilisant les signaux de leurs téléphones portables.
Les services de sécurité s’intéressent non seulement aux employés ordinaires, mais également aux dirigeants de haut rang, et l’objet de l’intérêt des "sentinelles" corporatives n’a souvent rien à voir avec le secret commercial. Beaucoup se souviennent du scandale qui a éclaté au sein du groupe Boeing en 2005. Le président de la compagnie Harry Stonecipher avait alors dû quitter son poste après que le conseil de surveillance de la compagnie avait pris connaissance de sa correspondance intime avec l’une de ses subordonnées.
Les patrons des compagnies russes emboîtent le pas à leurs collègues occidentaux. Le plus souvent, ils expliquent leur intérêt soutenu pour la correspondance et parfois pour les entretiens téléphoniques de leurs employés par la volonté de protéger leurs secrets commerciaux. Car, selon les experts, ce sont les pénétrations internes qui représentent la menace la plus dangereuse pour les entreprises. Mais il arrive, et ce cas n’est pas rare, que les employeurs soient tout simplement indignés du fait que leurs collaborateurs ne consacrent pas tout leur temps de travail à gagner de l’argent pour leur patron, mais qu’ils osent le dépenser à se divertir, par exemple. En 2006, la compagnie russe de téléphonie mobile Evroset a envoyé à tous ses employés un message d’information contenant les photos et les données personnelles des collaborateurs qui avaient visité, pendant leur temps de travail, des ressources de divertissement et pornographiques. Parfois, les dirigeants d’une organisation vérifient le courrier pour savoir à quel point leur personnel est loyal envers la compagnie et ses chefs. Comme l’a confié une ancienne employée de la compagnie pharmaceutique Rosta, les collaborateurs étaient menacés de différentes sanctions si, en vérifiant leur correspondance personnelle, le service de sécurité y trouvait des commentaires négatifs sur les patrons.
Igor Simonov, juriste du cabinet d’avocats moscovite "Kniazev et associés", explique que le Code du travail russe n’indique pas directement si l’employé doit ou non consacrer 100% de son temps de travail à travailler, ou bien s’il peut en consacrer une partie à se divertir et à se reposer. C’est pourquoi, si l’employeur souhaite que l’ordinateur, Internet et le téléphone professionnel soient utilisés uniquement à des fins de travail, il doit le préciser dans le contrat.
La situation est plus compliquée en ce qui concerne la surveillance. La Constitution russe garantit aux citoyens le secret de la correspondance, des entretiens téléphoniques, des messages postaux et autres, et le Code pénal prévoit une responsabilité pour la collecte et la diffusion d’informations concernant la vie privée des citoyens. Cependant, estime M. Simonov, la correspondance par l’utilisation d’une boîte mail professionnelle, de même que les entretiens téléphoniques par le biais de téléphones professionnels ne peuvent sans doute pas être considérés comme relevant du domaine de la vie privée. Et du point de vue de la loi, l’employeur, en vue d’assurer la sécurité de la compagnie, a le plein droit de vérifier la correspondance et, à titre d’exemple, d’installer des caméras de surveillance dans les locaux de l’entreprise.
Les employés vexés ne vont pas forcément publier les données personnelles de leur patron sur des sites "roses" ou des sites d’achat-vente de voitures d’occasion. Mais très souvent, l’atmosphère de méfiance incite les employés à conserver pour leurs besoins personnels une partie des informations utiles qu’ils obtiennent et à travailler par-dessous la jambe, en se limitant à accomplir formellement la tâche qui leur est assignée. Et finalement, les employés les plus doués quittent la compagnie ou même passent chez un concurrent.
Si une entreprise souhaite éviter une fuite d’informations importantes, qui constituent un secret commercial, elle doit rédiger des documents normatifs appropriés que l’employé devra signer au moment où il est embauché. Et les patrons qui aspirent à la loyauté de leur personnel envers la compagnie et envers eux-mêmes ne doivent pas oublier que la loyauté de l’employé dépend directement de son salaire.
Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l’auteur.
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