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ECONOMIE – La revanche du modèle français
"Vive la différence !", voilà le titre (en français dans le texte) qu’a choisi la revue anglaise The Economist, pour illustrer son article qui fait l’éloge du modèle économique français. Autrefois vivement critiqué, le pragmatisme français semble ressortir grandi de la crise économique mondiale dont il a pu contenir les effets et cela donne des idées aux dirigeants étrangers
(Rédaction internationale) - L’aveu de cette réussite par l’hebdomadaire ultralibéral, The Economist, a de quoi surprendre, lui qui ne s’est pas gêné autrefois pour écorcher le dirigisme français. Le système made in France multipliait en effet les ennemis, notamment en la personne du président Nicolas Sarkozy, qui a bâti sa campagne présidentielle sur la promesse d’un revirement de l’économie française vers un modèle plus libéral. Aujourd’hui symbole (forcé) du protectionnisme hexagonal, le président Sarkozy met en avant les bienfaits d’un système qui intrigue et inspire.
Mieux que pire
Le pragmatisme économique français a, semble-il, permis à l’Hexagone d’être l’un des pays occidentaux les mieux protégés face aux conséquences de la crise grâce à de plus fortes régulations et un système social efficace. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le PIB français devrait diminuer de 3% cette année alors que les prévisions sont de 4.1% au Royaume-Uni, 4.4% en Italie ou encore 5.6% en Allemagne. Et bien que l’Etat français soit souvent pointé du doigt pour le puits sans fond de ses dépenses, son déficit pour 2009 est estimé à 6.2 % du PIB soit beaucoup moins que celui encaissé par le Royaume-Uni (9.8%) ou les Etats-Unis (13.6%). Selon The Economist, ce sont les politiques colbertistes françaises, très régulatrices et planificatrices, qui sont à l’origine de la bulle protectrice hexagonale.
Les anglo-saxons nous copient
Si le modèle français était décrié avant la crise, les dirigeants anglo-saxons y prêtent aujourd’hui une oreille plus attentive et y puisent même de nouvelles idées. "Jean-Baptiste Colbert règne de nouveau à Paris. Et, plutôt que de s’opposer au dirigisme, les Britanniques et les Américains s’emploient à l’imiter", explique l’hebdomadaire britannique. Le président Obama semble d’ailleurs dévier de la politique du "laisser-faire" capitaliste en imposant plus de régulations (notamment au secteur financier) et prie le peuple américain à économiser plus et dépenser moins. Serions-nous en train de vivre une francisation du modèle économique mondial ? C’est en tout cas l’opinion de deux grands magazines américains qui font leur couverture sur le sujet, Time titrant "Comment nous sommes devenus les Etats-Unis de France" et Newsweek "Le dernier modèle qui marche : la France". De l’aveu de la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, les représentants des gouvernements étrangers se bousculeraient pour venir en apprendre plus sur ce système "miracle".
Un bon modèle mais seulement pendant la crise
Devant tant d’éloges l’Etat français était sur le point de pousser un cocorico. Mais pas si vite. The Economist n’a pas complètement oublié les reproches d’autrefois, en tête desquels : une taxation trop forte qui paralyse l’emploi, l’abandon des petites entreprises au profit des grands groupes historiques, des universités qui manquent de compétitivité… Pour résumer : la politique économique française n’est pas assez flexible et donc pas assez dynamique. Les bons points acquis par le modèle français pendant cette période de crise ne seraient alors que de courte durée : "Les points forts qui donnent plus de résistance en temps de récession, pourraient se transformer en faiblesses dans le rebond. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pourraient sortir de la récession plus vite que la majeure partie de l’Europe continentale.", indique la revue anglaise.
Le gouvernement peut au moins se consoler : si en période de crise, les citoyens mécontents sortent dans la rue, le modèle français, lui, sort ragaillardi à la Une des kiosques étrangers. Damien Bouhours
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