Source : NOUVELOBS.COM
L’initiative du groupe April c’est du business, un coup de com ou les deux ?
Pour répondre il faut revenir à l’origine du projet. Je m’occupais d’une petite société familiale d’assurances. J’étais courtier et j’avais développé des produits d’assurance auto, habitation et santé en direction de la communauté homosexuelle. L’idée m’était venue lorsque, m’adressant particulièrement à une cible féminine j’ai voulu faire un contrat pour un couple de lesbiennes : mon ordinateur ne voulait pas, le logiciel n’était pas programmé pour cela. Il fallait remplir la case Monsieur et la case Madame. Mademoiselle et mademoiselle, ça ne passait pas. Quand j’ai voulu développer mes produits que j’avais mis au point tout seul, j’ai eu un mal fou à trouver des partenaires. Les grandes compagnies d’assurance ne voulaient pas suivre, elles avaient peur pour leur image de marque. J’avais affilié ma société au SNEG (syndicat national des entreprises gay) et dans le cadre de réunions de travail du syndicat nous avons étudié les problèmes de l’assurabilité des séropositifs. C’est là que j’ai rencontré le groupe April qui souhaitait développer des « offres affinitaires » . C’est comme cela que nous avons mis au point notre premier produit, une assurance de prêt non discriminante pour les séropositifs et que April a crée cette filiale que je dirige et qui s’adresse à la communauté homosexuelle.
Mais y a-t-il des besoins spécifiques à cette communauté ?
Je vous ai donné l’exemple des assurances auto, des prêts pour les séropositifs. Attention, je ne dis pas que tous les séropositifs sont homosexuels, ni que tous les homosexuels sont séropositifs. Mais les chiffres sont là : 6 à 10% des homosexuel(le)s sont séropositifs, et 35% des séropositifs sont homosexuel(le)s. Et ces gens là, séropositifs, ont du mal à trouver des compagnies qui les assurent pour obtenir des prêts. De plus un couple homosexuel n’a pas forcément envie de faire publiquement son « coming out » quand il va négocier un prêt chez son banquier pour acheter ensemble une maison, par exemple. Donc nous on leur propose un environnement de discrétion pour leur faciliter les démarches, en gérant l’ensemble du dossier jusqu’à la signature du contrat de prêt.. Nous offrons de plus, à prix coutant, une protection juridique associée à tous nos contrats, pour que les relations avec les interlocuteurs et l’administration ne soient pas discriminantes.
Ne craignez vous pas de développer le communautarisme, d’enfermer dans le ghetto homo ?
Oui et non. La communauté, au départ réticente, est devenue demandeuse. C’est finalement une façon pour elle d’être reconnue, de vulgariser les offres qui peuvent spécifiquement l’intéresser. Il y a encore quelques années elle ne voulait pas être une cible commerciale, maintenant elle l’assume. Elle a des problématiques particulières, pourquoi n’aurait-elle pas des réponses particulières ? Bien sur il y a les « intégrés » qui assument leur préférence sexuelle, mais tous les autres, qui ne peuvent l’avouer, le dévoiler ? Pour nous ce n’est pas un effet de manche, il y a une demande. Et vous, ça ne vous choque pas qu’il y ait des assurances généralistes réservées aux enseignants ou aux fonctionnaires ?
Propos recueillis par Robert Marmoz
(le vendredi 12 octobre 2007)