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De Montréal à Sparte, en passant par Sofia

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J’étais en mission d’enseignement à Sofia en Bulgarie. Par une soirée pluvieuse, je suis entré dans l’un de ces complexes de salles de cinéma comme on en trouve maintenant dans toutes les grandes villes du monde. On y affichait le succès commercial du moment, « 300 » en version originale anglaise avec sous-titres bulgares.

Je suis habituellement assez allergique aux films qui font l’objet d’un battage publicitaire dépassant les limites de mes capacités de réception. Mais, comme je suis, par ailleurs, assez friand de romans (comme ceux de Max Gallo) et de films historiques, je me suis laissé tenté par ce film racontant l’histoire de ces 300 Spartiates qui, sous la conduite passionnée du roi Léonidas, se sont confrontés aux milliers de mercenaires chargés par le roi perse d’envahir la Grèce. Je dois aussi avouer que j’avais un intérêt particulier : le film a été réalisé dans l’un des studios 3D de Montréal par une dynamique et inventive équipe de jeunes infographistes.

Certes l’imagerie infographiée est particulièrement « hallucinante » ; la musique et les bruits sont « écrasants » (surtout dans une salle faisant jouer « à fond la caisse » son système Dolby d’environnement sonore). A certains moments, je risquais l’explosion sensorielle.

Mais je me suis intéressé au contenu.

Intéressant de constater que la grande industrie cinématographique s’intéresse, en ce moment, à une histoire montrant des Européens mettant en échec des Perses, ancêtres des Iraniens.

Tout aussi intéressant d’entendre les héros célébrer l’importance de poursuivre un combat, visiblement perdu, pour « sauver la liberté des peuples ». Egalement, de montrer que ceux qui, au conseil de Sparte, proposent le retrait du combat, soient des traîtres à la nation.

Les souvenirs de mes cours d’histoire ne me rappellent pas une cité spartiate comme étant un haut lieu de démocratie et de liberté. En massacrant les habitants des villes rebelles, le roi des Perses, Xerxès, se comportait-il différemment d’Alexandre dit « le Grand » ou de Jules César, ces porte-étendards de le « civilisation » gréco-romaine ?

On dit que chaque génération réécrit l’histoire en fonction de ses besoins. A quels besoins répond ce film, en dehors de titiller notre héritage barbare par des jets de sang et nos fantasmes machistes par l’exposition de cette troupe de mâles promenant leurs muscles de culturistes nourris aux hormones ? Des besoins politiques ?

Par André A. Lafrance, 7 avril 2007

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