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Darfour : un Rwanda bis ? Comprendre

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Situation

Le gouvernement soudanais opposé aux troupes rebelles depuis 2003 ne parvient pas à enrayer les violences d’un conflit complexe dont l’envergure dépasse le cadre régional et dont les bons offices de la communauté internationale se révèlent sans effet. Les vaines tentatives d’arrêter les violences, principalement dirigées vers les populations civiles confirment les chefs rebelles dans leurs actions : ils peuvent poursuivre leurs atrocités sans autre inquiétude – jusqu’à ce jour – que d’être verbalement tancés. C’est bien peu pour enrayer massacres, viols et pillages. Les camps de réfugiés se remplissent, les réserves se vident ; la famine et la maladie s’installent. Le manque crucial d’eau potable et de soins médicaux complète le désastre. La communauté internationale s’indigne.


Par Jacques Trappler

Les atrocités seraient commises par les milices arabes, les « janjawid » soutenues et contrôlées par les autorités soudanaises. C’est une vision du problème qui, sans être totalement dépourvue de réalité demanderait un examen plus objectif ; c’est cependant celle qui prévaut en Occident.

Des rebelles « pas très clairs »

Accuser les milices arabes d’être seules responsables des effusions de sang ne tient pas debout. Les observateurs « avertis » savent que les rebelles ont fait leur part de travail dans ces massacres. Il n’y a pas, dans ce conflit, de méchants (les autorités soudanaises et leurs milices arabes), de bons (les rebelles) mais bien une chaîne d’acteurs co-responsables de ce drame. Une absence d’unité qui pourrit la situation et un rejet de tout accord par Karthoum

Pour bien appréhender la situation, il faut comprendre que les rebelles ne représentent rien d’autre qu’une mosaïque de chefs de clans rivaux défendant des intérêts particuliers, plus enclins à contrôler des territoires que de s’opposer politiquement aux autorités soudanaises.

Ils sont donc une dizaine de grands mouvements à agir ainsi, perturbés dans leur action par des bandes criminelles. S’il y a eu un accord récemment (août) par les principaux chefs, les rebelles de former une délégation commune, pour prendre part à des pourparlers avec les autorités soudanaises ; une fraction d’entre eux se montre hostile à tout accord et poursuit son action en toute indépendance. De toute façon, Khartoum n’approuve pas la majorité des actes de l’accord (rédigé sous l’égide de l’UA).

Darfour carrefour des trafiquants d’armes ou de fournisseurs officieux ?

Il y en a pour tous, des armes russes, surtout utilisées par l’armée soudanaise. Mais nul ne peut affirmer que l’expéditeur soit russe. Pointer Moscou du doigt n’est pas raisonnable sachant que les armements peuvent provenir de stocks des ex-républiques soviétiques. Pas de preuve formelle non plus de filières clandestines, difficiles à neutraliser. Ni de livraison sur le territoire soudanais. Une chose est sûre cependant : les belligérants trouvent à s’approvisionner avec une inquiétante régularité. Jusqu’à preuve du contraire, la Russie n’a pas livré…

Une force de maintien de la paix ?

Aucune force africaine ne pourra fixer et encore moins résoudre la situation, fusse-t-elle conduite conjointement avec l’ONU : ses soldats sont en déficit de formation et d’une inefficacité patente sur le terrain. Les pressions internationales ne pourraient être efficaces qu’accompagnées d’une action soutenue de casques bleus exogènes au continent africain. Mais qui veut d’une telle situation ? Des pressions molles ne la feront pas évoluer.Des pressions fortes sans intervention pourraient provoquer le pire : conforter les rebelles dans leur action contre Khartoum et entraîner ce dernier dans une violente et sanglante répression, ultime tentative de résolution du conflit. La mosaïque, pluriethnique et plurireligieuse exploserait, livrant au monde un Rwanda bis dont il se serait bien passé.

Que faire ? D’abord, comprendre

Comprendre que la démographie de cette région a explosé en même temps qu’elle s’est appauvrie et asséchée. Le Darfour a triplé sa population ces quarante dernières années (de 2 à près de 6 millions) en même temps qu’il perdait près du cinquième de ses surfaces cultivables et autant de ses réserves en eau. A cela s’ajoute un néo climat aux périodes de sécheresse multi fréquentes. La bataille pour la terre et l’eau est donc devenue un enjeu majeur (préfigurant l’avenir de bien des régions). A cela, adjoignons la découverte de pétrole dans le sud du Darfour et nous avons tous les éléments d’un beau brasier. Guerre de l’eau, du pétrole et sur-urbanisation, voila les ingrédients que partageront demain d’autres régions d’Afrique et d’ailleurs. Que faire ? Réduire les manques d’eau et de ressources naturelles ? Comment ? Avec des casques bleus ? Des agronomes ?

Dilemme

Intervenir militairement ou intervenir structurellement par une aide au développement des ressources ?

L’humanitaire n’a pas fini de faire parler de lui. Puisse Khartoum, ses guerriers et ses rebelles entendre raison, rengainer sabres et querelles et se rassembler, pelles à la main sur les points d’eaux … d’autant plus qu’un immense lac souterrain de près de 40.000 km2 d’eau potable aurait été découvert dans le sud. Là, ce n’est pas gagné.

La guerre pour le pétrole demeurera l’enjeu majeur et des intérêts "extérieurs" veilleront bien à ce qu’il le reste.

14 mai 2008

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1 commentaires pour cet article

  • KFS-Lando 16 avril 2008 22:12

    Donc au final on peut dire que le conflit du Darfour, comme pour celui opposant Israël à la Palestinne est une des premières "guerres de l’eau" ?

    Répondre


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