Bon anniversaire, Madame Elizabeth

Cette année, la campagne de promotion du tourisme estival en Grande-Bretagne n’a pas eu à chercher son thème bien longtemps. Elle l’a trouvé dans le 80e anniversaire de naissance de la Reine Elizabeth II. Nous sommes donc soumis, des deux côtés de l’Atlantique, aux images de la jubilaire vaquant à ces royales occupations. Il y aura aussi de nombreuses et « profondes » réflexions sur le rôle et l’avenir de la monarchie britannique.

Québécois, je ne partage évidemment pas l’affection de mes concitoyens canadiANS pour la monarchie britannique devenue, par leur volonté, monarchie canadienne. En effet, Elizabeth II est non seulement Reine de Grande-Bretagne, chef du Commonwealth des anciennes colonies britanniques, mais aussi... Reine du Canada. Comme si nous n’étions pas assez nombreux en ce pays pour nous créer une famille royale locale (nous avons déjà de nombreux petits restos qui s’appellent « Le Roi du poulet, du hot-dog ou du smoked meat » !) ou, du moins, forcer, comme le Brésil l’avait fait avec le Portugal, à nous déléguer en permanence l’un des enfants royaux ! Non. Elizabeth II est Reine du Canada... et Charles, son fils, devrait en être le prochain roi. (Ce qui est déjà suffisant pour souhaiter longue vie à sa mère !). Quand Elizabeth II ou l’un des membres de sa famille royale viennent au Canada, ils y sont reçus, non pas comme souverains étrangers, mais comme grands maîtres du pays.

Certes la royauté a ses charmes. La fascination d’un grand nombre de mes cousins français pour les déplacements, aussi bien géographiques que matrimoniaux, de tout ce qui porte une couronne semble être inspirée par celle des enfants pour les contes de fée. Les mauvais sorts y sont aussi nombreux et les « méchantes » sorcières tout aussi présentes (allant d’une ancienne maîtresse « révélant » l’existence d’un enfant à une « bonne amie » hantant le quotidien d’une épouse royale).

Si les émissions de télé-réalité crée des vedettes instantanées et souvent éphémères, il y a, depuis beaucoup plus longtemps, une « média-royauté » qui exploite, bon an mal an, un bassin de vedettes royales dont la principale fonction semble être de faire parler d’elles tout en protestant contre ces « invasions de leur vie privée » ... alors qu’elles sont « entretenues » par leurs sujets, justement, pour qu’elles aient une vie publique.

Je ne suis pas régiphile, à moins d’une royauté élective pour une durée limitée... et cela s’appelle « une présidence ».

Je ne suis pas régiphage. Je ne fais pas mes délices des aventures des têtes couronnées.

Mais je ne suis pas, non plus, régiphobe. Il y a des personnages que je trouve, somme toute, assez sympathiques. Et si leur peuple les accepte (contrairement à ce qui se passe présentement au Népal), je ne m’empêcherai d’apprécier une bonne performance, tout simplement parce que son auteur pratique le métier de roi.

Tout cela pour vous dire que j’aime bien Madame Elizabeth et que je lui souhaite encore de nombreuses années de santé... et de règne. Je l’aime bien à cause de son âge et, comme l’a rappelé l’évêque de Windsor, de « son calme, sa sérénité et sa tranquillité ».

A côté de nos présidents et premiers-ministres qui modulent leurs attitudes et leurs actions sur les vents changeants qui balaient la place publique, elle a réussi à maintenir l’image d’une personne capable de supporter sans s’emporter. Certes, elle jouit d’un grand avantage : elle n’est pas soumise périodiquement au vote populaire. Mais elle a su résister, avec calme, aux pressions de ses conseillers et aux turbulences de sa famille.

Elle n’a jamais cru bon d’accuser ou de répondre aux accusations pour défendre son honneur. Sa meilleure défense a été la poursuite de ce qu’elle croyait être la façon de faire d’une Reine en toutes circonstances. En un monde où tout change, il y a, en elle, l’image d’une stabilité dont ses sujets lui sont sans doute reconnaissants.

Le poète québécois Gilles Vigneault (qui serait bien surpris de se voir cité dans une chronique sur la Reine) a dit en parlant de ses propres cheveux blancs : « Ce n’est pas parce qu’il y a de la neige sur le toit qu’il n’y a pas de feu dans le poêle. » Certes le feu d’Elizabeth est bien contenu. Mais, en la voyant depuis tant d’années, serrer des mains, passer la garde en revue ou marcher parmi ses chiens, même si les flammes sont discrètes, il s’en dégage une chaleur du devoir bien accompli.

La vieille dame n’est pas... indigne de notre admiration.

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A propos de l'auteur, André A. Lafrance
   
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