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Blocus de Berlin : aux sources de la guerre froide

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RIA Novosti

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne fut divisée en quatre zones d’occupation : une zone Est (soviétique) et trois zones occidentales : britannique, française et américaine. Berlin, capitale du IIIe Reich, fut également divisée : la plus grande zone, qui couvrait presque la moitié du territoire de la ville, fut occupée par l’URSS, dont les troupes avaient pris la ville, l’autre moitié fut occupée par les alliés occidentaux. La ville divisée fut le théâtre de nombreux événements dramatiques de la guerre froide, dont le premier n’est autre que le blocus de Berlin-Ouest, mis en place par l’URSS en 1948, et qui dura près d’un an : du 24 juin au 12 mai de l’année suivante.

Le blocus fut établi à la suite de la réforme monétaire réalisée par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France dans les zones occidentales sans le consentement de l’URSS, et qui vit la mise en circulation d’un nouveau Deutsche Mark le 21 juin 1948. Toute la masse des vieux marks du Reich qui circulaient auparavant sur tout le territoire de l’Allemagne afflua alors dans la zone Est, risquant de provoquer l’effondrement de son économie déjà instable. En réponse, le mark allemand de la zone soviétique (par la suite, mark est-allemand ou Ostmark) fut introduit le 24 juin, et les frontières occidentales de la zone soviétique, ainsi que Berlin-Ouest, furent isolées par un blocus.

Selon les spécialistes occidentaux, l’objectif des dirigeants soviétiques était de contraindre les puissances occidentales à quitter Berlin. En réponse, les Alliés établirent un pont aérien en vue de ravitailler la ville coupée de l’extérieur.

En un an, les avions de transport britanniques et américains effectuèrent 278.228 vols vers Berlin-Ouest, y faisant parvenir 2.326.406 tonnes de cargaisons. Les forces aériennes soviétiques n’empêchèrent pas ces vols, néanmoins, à la suite de pannes et d’accidents, les

les Alliés perdirent 70 pilotes, plus précisément 31 américains et 39 britanniques.

Les avions américains et britanniques ne se contentaient pas d’atterrir sur les aérodromes de Berlin, mais larguaient également des marchandises. Les appareils furent surnommés par les Berlinois Rosinenbomber, littéralement "bombardiers de raisins secs", car ils larguaient notamment des bonbons, du chocolat, des brioches aux raisins secs et autres friandises attachés à de petits parachutes.

Selon les spécialistes, malgré un large effet de propagande, le pont aérien n’aurait pas pu sauver Berlin-Ouest, si la ville n’avait pas eu d’autres sources d’approvisionnement. Les produits alimentaires frappés de pénurie et le charbon de chauffage pour les maisons privées provenaient en grande partie du marché noir, qui jouait déjà pendant la guerre un rôle très important dans l’économie de la ville. L’absence du mur de Berlin, qui fut érigé en 1961, et, par conséquent, l’impossibilité physique d’isoler totalement la zone Ouest de la ville, permirent à une bonne partie des produits livrés à Berlin Est par les autorités d’occupation soviétiques et les producteurs locaux de "passer" à l’Ouest.

L’envergure de la contrebande fut évaluée de façon lucide aussi bien par l’URSS que par les Etats-Unis. En été 1948, les autorités allemandes de Berlin Est imaginèrent différents moyens destinés à mettre fin à la contrebande de produits dans les secteurs occidentaux et, à l’automne, une analyse des services de renseignements constatant l’inefficacité du blocus de la ville fut soumise au secrétaire d’Etat américain George Marshall.

Le blocus de Berlin, levé le 12 mai 1949, entraîna la création de la RFA. La Constitution allemande entra en vigueur le 23 mai de la même année, et reste jusqu’à aujourd’hui la loi fondamentale de l’Allemagne. Quant à la décision de fonder l’Alliance de l’Atlantique Nord (OTAN), elle fut prise un mois et demi plus tôt, le 4 avril 1949.

La guerre froide devint alors réalité.

Par Ilia Kramnik, RIA Novosti

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l’auteur.

10 mai 2010
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