Aux marches de l’ex-Empire

La tournée triomphale du président Bush dans les pays Baltes et dans le Caucase, avant et après son court séjour à Moscou, rend plus évident l’encerclement stratégique de la Russie.

« Ni guerres froides, ni guerres chaudes, désormais », a souhaité Vladimir Poutine, en rendant hommage, sur la place Rouge, devant la cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement qu’il a réussi à faire venir à Moscou, au sacrifice de l’armée soviétique qui avait vaincu le nazisme, mais qui avait aussi « libéré onze pays européens »... Des pays qui se sont retrouvés occupés, et embarqués dans la « guerre froide » justement.

Soixante ans plus tard, le paysage a évidemment quelque peu changé : l’encerclement a changé de camp. Ainsi au nord, côté balte, la Lettonie -où le président Bush est allé justement dénoncer l’ancienne « annexion et occupation soviétiques » avant de se rendre à Moscou- a commencé à installer des radars longue portée qui regardent directement à l’intérieur de la Russie, et qui pourraient être raccordés au réseau Otan.

Toujours le long de cette frontière russe, vers la mer Noire, l’Ukraine a basculé politiquement, depuis l’échec retentissant du président pro-russe, et prépare son adhésion à l’Otan. Les Américains -parrains de l’organisation militaire atlantique- prévoient d’installer des bases en Roumanie, en Bulgarie, et même en Pologne, au nom d’une guerre antiterroriste qui peut être mise à bien des sauces.

On sait que, depuis leurs opérations en Afghanistan et en Irak, les Américains justement sont présents militairement dans plusieurs autres pays d’Asie centrale : Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizstan au point que le président du Parlement russe a pu déclarer un jour que les Etats-Unis étaient devenus « la troisième puissance d’ Asie centrale, après la Russie et la Chine ».

Quant aux pays du Caucase, à l’exception pour le moment de la Biélorussie -mais qui est de plus en plus dans le collimateur- ils n’ont plus grand chose à refuser au nouveau parrain américain, notamment la Géorgie où le président Bush, arrivant de Moscou, a reçu un accueil triomphal : il faut dire que, depuis le changement de régime dans ce pays, les forces spéciales de l’US Army sont au travail, avec un plan de formation pour la 11e brigade - une unité de choc de l’armée géorgienne. Alors que, contrairement aux engagements pris par Boris Elstine déjà en 1999, les troupes russes présentes en Géorgie -que le président Saakachvili considère comme un « héritage de l’impérialisme soviétique »- n’ont toujours pas été évacuées.

Moscou traîne les pieds... a multiplié les demandes de compensations financières, ou encore de délais, jusqu’à 12 ans parfois ! Le numéro un géorgien faisant remarquer qu’il a fallu quinze jours à la Syrie pour retirer du Liban des forces quatre fois plus nombreuses que les 3 000 soldats russes qui s’accrochent ainsi à son pays.

Bref, si le défilé à Moscou, sur la place Rouge, a bien été celui de la victoire -celle de Poutine pour cette belle représentation nostalgique-, pour tout le reste, ceux qui continuent de rêver à une Grande Russie ont du souci à se faire. Le président Bush, décidément très fort dans son genre, semble bien l’inclure dans ces « moments historiques où, de la mer Noire à la Caspienne, du golfe Persique jusque plus loin, la liberté est inexorablement en marche... ».

-  RFI

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