Aurions nous trop de chars de combat pour décider de se séparer d’un tiers des 350 que nous pouvons aligner ?

18 commentaires Réagir- Partager
- Taille du texte A A A
Nous chercherions à vendre 120 chars Leclerc à l’étranger. Bon signe pour notre industrie de l’armement ? Pas vraiment, puisqu’il ne s’agirait pas d’une commande de matériels neufs mais d’une cession de chars actuellement en dotation dans nos armées.
Personne apparemment ne s’est vraiment posé la question de l’utilité de ce dessaisissement, et surtout, personne ne s’est présenté pour en expliquer la raison. Une affaire trop lourde (6000 tonnes d’acier tout de même) pour ne pas passer inaperçue. C’est dans la presse que nous avons appris la nouvelle, bien avant qu’elle n’arrive dans les popotes.
En mettant les rumeurs bout à bout, ce serait une entreprise allemande qui bénéficierait du contrat de remotorisation de ces engins et de leur standardisation SX. Difficile d’obtenir des informations concordantes. Le Point, puisqu’il s’agit de lui, avance donc le chiffre de 120 Chars Leclerc en attente de cession, et soutient mordicus l’information alors qu’une source de l’armée de Terre évoque une cession de 82 chars - parmi les plus anciens.
Qui bénéficierait de la cession ?
Mystère. L’Arabie saoudite, approchée par nos vendeurs aurait déclinée l’offre. Le Point, toujours lui, décidemment bien informé, le confirme. Mais, concernant la volonté de dégarnir nos forces blindées, nous avions tout de même un indice puisque Hervé Morin, ministre des armées, a bien déclaré, il y a quelques mois, que 400 chars Leclerc ne représentaient pas forcément un axe prioritaire pour nos armées. C’était plutôt clair, non ? Les cavaliers sont quelque peu nerveux, on peut les comprendre. Traduction : trop de chars, trop de dépenses, on élague. C’est avec ces pensées que l’on a supprimé le service national, justifiant une professionnalisation plus opérationnelle et moins coûteuse.
Le jour ou il ne restera qu’une centaine de chars on pourra prétendre que c’est trop cher et de toute façon trop peu pour être crédible, alors on se passera de blindés.
Moins 120 chars Leclerc, OK, mais quelle en est la réelle motivation ? L’argent, bien sûr. Un parc de 400 chars ça coûte. Ça coûte tellement qu’il engloutit à lui seul près du tiers des sommes affectées au maintien en condition opérationnelles de nos forces terrestres. Une dépense annuelle de près de 150 millions d’euros, dont près de la moitié pour les 15 Leclerc projetés au Liban. On comprend mieux, que c’est avant tout une considération économique qui guide le décideur plutôt que l’aspect stratégique du dossier. On pourra toujours repenser l’emploi des forces blindées en justifiant le peu par l’artifice de la souplesse ou toute autre parade sortie de la caisse à sable, on ne trompera alors que nous mêmes.
En affaiblissant notre protection, nous affectons non seulement notre capacité de riposte, mais aussi notre politique étrangère en privant nos alliés de moyens hautement nécessaires à la défense de nos valeurs et à notre diplomatie une certaine crédibilité. Il ne nous restera plus que la parole à opposer à la menace, cette dernière s’exprimant alors sans risque.
Chantre de la défense européenne, la France aura bien du mal à justifier cette réduction et à maintenir ses engagements. Imaginons ; imaginons seulement qu’au cours d’un engagement futur, nous devions aligner impérativement 80 chars de combat et que nous en perdions 15. Quelles en seraient les conséquences ? Ça, c’est du terre à terre. Qui peut dire que ça n’arrivera jamais ? Qui peut nous certifier que le magasin de chars sera encore ouvert pour que nous puissions en acheter de nouveaux pour remplacer ceux qui auront été détruits ?
Le fruit de mon imagination me porte à penser qu’un jour nous aurons à défendre notre approvisionnement en gaz et que la route des gazoducs se confondra avec celle des forces blindées de pays décidés à conserver leurs valeurs et températures de chauffe. Si mon imagination est perverse, la réalité semble cependant lui ressembler. Mais je m’éloigne du sujet… nous n’en sommes pas (encore) là.
Rien ne peut, en zone de conflit, remplacer les chars de combat, même si, l’histoire récente de la guerre invalide quelque peu l’affirmation. En zone de combat, la riposte mobile et l’exploitation de l’avantage terrain est bien dévolue aux chars de combat (Irak, Liban…). C’est du moins ce que l’on apprenait encore récemment dans nos écoles militaires. La réponse française est avant tout budgétaire, elle trouvera, à n’en point douter, une réponse d’ordre stratégique pour en justifier le reformatage.
Revenons à aujourd’hui et considérons la nouvelle politique d’emploi opérationnelle des matériels de l’armée de Terre. Il est prévu 4 catégories d’emploi. Un parc d’entraînement pour les écoles et les camps de manœuvres (89 Leclerc). Un parc opérationnel dans les unités (117 Leclerc). Un parc pour les OPEX (15 Leclerc) et un parc d’engins conditionnés en mode réserve (175 Leclerc). La cession envisagée des 120 engins provenant du parc réserve.
Aujourd’hui : 141 chars disponibles sur un total de 346
C’est bien 205 chars qui seraient indisponibles ! Les 141 qui le restent disposeraient d’un potentiel annuel de 100 heures (chaque engin est doté d’un horodateur et ne peut théoriquement dépasser son potentiel). Un simple calcul nous permet donc d’affirmer que le commandement dispose de près de 15.000 heures par an – pas plus – pour assurer missions d’entraînement, manœuvres, sorties et autres contraintes de maintien opérationnel des hommes et matériels (soit 27 minutes par jour, en moyenne pour un équipage, passé à côté d’un moteur chaud). Seulement voilà, la répartition n’est pas homogène et c’est normal, des engins affectés en opération, au Liban par exemple, disposeront d’un potentiel différent de ceux restés à la maison ; la répartition n’étant alors pas favorable à ces derniers. Il est clair que la notion économique joue un rôle majeur et pervers dans ces affectations. Les états majors doivent jongler avec le « toujours moins » pour répartir ces potentiels dont la notion opérationnelle perd en crédibilité.
L’état-major a ventilé les heures selon le plan suivant :
• 5500 heures pour les chars du camp de Mourmelon (entraînement des équipages) • 400 heures pour l’école de Saumur • 3700 heures pour les chars du camp de Canjuers (entraînement au tir) • 2000 heures pour les 15 Leclerc en mission au Liban
A ces chiffres, théoriques, il convient de prendre en compte les diverses indisponibilités et spécificités des unités. Selon certaines sources, chaque régiment ne disposerait que de 10 Leclerc pour le maintien opérationnel des équipages avec un global horaire de 600 heures par an. Soit une soixantaine d’heures par an et par équipage. Pas suffisant pour les servants, trop peu pour le maintien opérationnel et très frustrant à tous points de vues.
En dépit des heures passées au simulateur, ce n’est pas assez et finit par entamer le moral. L’incompréhension de la guéguerre non dissimulée DGA/Nexter rajoute une note désagréable, les annulations de contrat des pièces détachées du Leclerc (pour 2006) ne sont pas de nature à arranger la situation. Je veux parler des promesses d’augmentation des potentiels suite aux reprises des livraisons des pièces détachées. Les chiffres seraient de 20.000 heures de potentiel dès 2009 pour atteindre 27.000 en 2010. L’ambiance, déjà tendue, risque de se détériorer si ces prévisions ne sont pas respectées
18 commentaires pour cet article
-
Hervé 14 mars 19:48
Le pire étant que le Leclerc était prévu pour être un "programme Leclerc" et que la vente va nous priver d’une centaine de chassis qui auraient pu être utiles pour avoir un APC du type Namer israélien. Pour avoir un Leclerc T40 CTW. Pour avoir des dépanneurs, des engins du génie, des supports artillerie, etc...
Cette décision matérialise le déclin inéluctable de notre pays, dans le domaine militaire comme dans tous les autres domaines.
La France devient un pays médiocre, dirigée par des médiocres. Qui font des choix médiocres. C’est ainsi et c’est bien malheureux pour ceux qui aiment notre pays. -
robodo 14 mars 14:40
Nous ne manquions pas de chars en 40, c’était la doctrine d’emploi qui était défaillante + le défauts de conception : par exemple b1bis "surpuissant" et bien blindé mais avec l’armement principal en casemate avec faible débattement latéral (char dual) et radios installées sur seulement quelques types de chars. Ils étaient principalement conçu pour appuyer l’infanterie (faible vitesse) et non casser du char (canon à faible vélocité), l’ennemi d’alors le reich allemand ayant des chars peu blindés au début du conflit.
Nous avions sensiblement le même nombre de blindés : 2500 unités en 1940
Voir en ligne : http://www.secondeguerre.net/articles/chars/index.html -
cuirassier 13 mars 19:58
rien à ajouter aux différents commentaires sinon que nos dirigents sont des minables, 1940 ne leurs a pas suffit ,nous n’avions pratiquement pas de char.
ont a vue le résultat ont a pris une sacré raclée,pour ne pas avoir voulu écouter un certain général.Pour répondre à Peter pour l’instant c’est nous les français et nos soldats les C... -
Eric 5 juin 2009 15:31
Quand on ne sait pas,on se tait. Il faut être un peu logique , aucune armée de fantassins ne peut résiter à l’impact d’une force blindée moderne.
C’est bien mal connaître les progrès dans le domaine des blindages , que d’affirmer ce que j’ai pu lire , au sujet de la puissance des armes antichars individuelles manipulées par deux combattants .Les armes à fragmentation équipant les chars , comme les lances grenades ont des effets terribles sur les hommes à découvert.
Une force blindé ne se "promène " jamais toute seule, sans appui d’infanterie . A moins d’avoir un commandant inconscient... Donc ces succès ne seraient ils pas un peu le fait de cette faute de commandement. ?L’histoire militaire à travers les âges , a toujours montré que c’est la conjugaison des differentes armes qui fait la victoire , et que l’occupation du terrain suit ce raisonnement , n’en déplaise aux pseudo "strateges".
Par conséquent se défaire de chars de combat c’est comme si on se privait de son bras armé.
Civis pacem para bellum.
Voir en ligne : http://www.armees.com/Aurions-nous-trop-de-chars-de-combat-pour-decider-de-s (...) -
Sherman 16 mai 2009 02:44
Je me permet d’apporter ma modeste contribution a ce débat : le char est plus que jamais utile ! L’armée canadienne a commis l’erreur de se fier aux véhicules a roue (LAV25) en Afghanistan et s’en est mordu les doigts rapidement/ Les VBCI n’ont pas les capacités de franchement d’un blindé a chenilles, ils n’offrent pas les protection ni la puissance d’un blindé.
Arrivant en ’Astan les canadiens ont rapidement réalisé leur erreur quand les LAV se retrouvaient bloqué au milieu des champs de vignes, ou pris dans les sables, ou encore bloqués par des rochers...Il a fallu perdre près de 100 soldats suite aux faiblesses du LAV pour que l’état major canadien commande en urgence des Leopard II a l’Allemagne.
En Irak, les italiens ont eux aussi expressément fait venir un escadron d’Ariete surblindé devant la menace des RPG et la dangerosité du combat urbain.
Les américains eux aussi ont redécouvert l’utilisation du char. Ils font tous avec leur vieil M1 : convoi, opération de combat,de sureté.
Le char a non seulement un impact stratégique ( la preuve, l’URSS a fait tremblé le monde devant ses chars et la Chine s’apprête a faire de même) mais aussi moral : En Yougoslavie, les Chars Leclercs si inutiles aux yeux de certains ont permis d’éviter la mort de soldat français lors d’émeutes. L’apparition d’un char suffit a calmer une foule en colère et a la dispersé sans usage de la force.
En Afrique, un président a pu éviter d’être renversé par les rebelles en disposant une douzaine de chars autour de son palais. Ils ont annihilés toutes les troupes rebelles.Israël utilise ses Merkava lors de n’importe qu’elle manœuvre et ils protègent les fantassins, et les transports de troupes. Sans eux les soldats mort se compteraient par milliers. Les chars utilisés aujourd’hui commencent a tenir compte des leçons modernes (Irak et ’Astan). Ils leur faut un peu de temps pour s’adapter mais jusqu’a preuve tangible du contraire, le char reste la meilleure plateforme de combat a l’heure actuelle en étant le seul véhicule des arsenaux a pouvoir absolument tout faire : déminer, reconnaitre, défendre, attaquer...
C’est la vision de la guerre qui a changé (celle qu’on nous montre a la télévision, et qu’on prend comme vrai) mais allez demander aux gars du 8 RPIMA qui ont était pris en embuscade si ils n’auraient pas adoré entendre le sifflement de la turbine d’un leclerc en ce 10 Août 2008...A l’heure actuelle, ce n’est pas l’utilisation des chars qui a revoir mais les doctrines d’utilisation de l’armée française et surtout d’arrêter de faire des économie la ou il n’y a pas la place. Au lieu de supprimer des chars, l’État devrait plutôt écouter les soldats et arrêter de vouloir jouer les armées de premier plan si ça coute trop cher. Exemple frappant d’une politique économique déplorable : on envoi des camions de transport sans cabine blindé les mec sont obligé de coller des gilet pare balle sur les portes pour se protéger un minimum alors qu’ils manquent copieusement de gilets...On sacrifie la protection et les équipement utiles (char gilets pare balles et autres...) pour faire des économies, mais c est typique de la France qui a toujours un train de retard...Les autres pays optimisent leur flotte. Les USA entendent conserver environs 900 engins, l’Allemagne souhaite stabiliser son arme blindé a 450 unités, les canadiens pensent a environs 280 chars ( ce qui implique dans tous ses pays des productions de chars au standards les plus récents ou des achats). La France est le seul pas d’occident avec des prétentions militaires de premier plan a vouloir réduire son arme blindé, on se croirait aux Canada il y’a 10 ans...Si l’ont réduit le nombre de chars, il va falloir se préparer a compter les disparu au champs d’honneur comme dit la formule, donc pas de réduction du nombre de chars !



Retour haut de page





