Augusto Pinochet, le déshonneur de la presse

publié le jeudi 21 décembre 2006

La mort d’Augusto Pinochet a suscité une avalanche de diffamation qui n’est pas à l’honneur de la presse. Certains quotidiens, tel Le Figaro, se sont surpassés en hypocrisie en délégant au Chili des confrères d’origine islamique pour ne pas « mouiller » leur rédaction. Or, premièrement ceux-ci n’ont pas vécu la période durant laquelle Pinochet s’est imposé au pouvoir, deuxièmement n’ont pas eu recours à d’autres sources qu’aux habituels porte-voix de la gauche.

Il faut rappeler que Pinochet est devenu le chef d’état-major des armées à la demande du président Salvador Allende. Il était réticent, et c’est à la supplication des civils et des militaires opposés au socialisme qu’il a fini par céder.

Allende - Castro

La situation économique en 1972 et 1973 était si désastreuse que dans les faubourgs des grandes villes des nouveau-nés mouraient faute de lait et de soins. Enquêtant sur place peu après ces années avec une douzaine de journalistes professionnels, dont les correspondants du Figaro, des Allemands, des Japonais des plus grands quotidiens, nous avons retrouvé des parents. Autant de témoins. Pourquoi une telle misère ? Parce que pendant des mois le puissant syndicat des camionneurs qui ravitaillaient les villes s’était mis en grève. Donc plus de denrées et la famine. En grève, parce qu’il refusait les directives d’une poignée d’extrémistes de gauche, cadres du particommuniste minoritaire.

Le général Pinochet fut alors harcelé par des milliers de ménagères, dont nous avons interrogé une des principales meneuses qui, tapant sur des casseroles, envahirent les rues aux cris de ‘Pollos cobardes’ pour ridiculiser les militaires qui « picoraient le budget socialiste de l’armée ». Des images que l’on s’est empressé d’oublier…

C’est dans de telles circonstances que, pendant un premier état de siège, Pinochet a décidé de prendre immédiatement des mesures de réformes économiques. De là l’apparition de ceux qu’on a appelé les « Chicago Boys », économistes internationaux formés à l’école de Milton Friedman, dont les expériences dans certains pays du tiers-monde avaient montré l’efficacité.

En 1978, j’ai séjourné au Chili et participé à des réunions des « Chicago Boys ». Ils agissaient vraiment en techniciens, mettant sur pied les structures d’une économie bâtie sur les industries essentielles, notamment celle du cuivre, richesse majeure du Chili, mais aussi sur les petites et moyennes entreprises et les vastes chantiers de modernisation du pays. La France y a d’ailleurs participé et réalisé le métro de Santiago. Personne n’évoque plus aujourd’hui cette participation…


Allende


La dictature pesait-elle au peuple ?

Pinochet s’est aussi trouvé en butte à la vindicte de la franc-maçonnerie, dont il avait fait brièvement partie étant jeune officier, mais qu’il quitta, entraînant derrière lui une cascade de démissions dont sa Loge ne devait pas se relever. La gauche internationale n’était pas en reste dans ses campagnes. Elle parlait déjà de dictature et de la détestation des Chiliens pour Pinochet. Ce n’était pas la réalité. Une anecdote vécue montre ce qu’il en était : un dimanche, avec mes confrères, nous sommes allés dans un restaurant, sur une colline de Santiago. Le serveur nous fit asseoir à côté d’une grande tablée. Quelques minutes plus tard, Pinochet vint s’y installer tranquillement, suivi de toute sa famille. Abasourdi, le journaliste japonais murmura : « Il y a un truc ! » Le général n’était accompagné d’aucun garde du corps. Seuls, deux chauffeurs sur le parking sifflotaient en fumant une cigarette.

L’après-midi, nous allâmes voir le directeur d’un hebdomadaire à grand tirage, jumeau de L’express parisien. À notre question :

— Subissez-vous des pressions ou une censure sur vos éditoriaux qui ne cachent pourtant pas votre hostilité au nouveau régime ?

La réponse fut formelle :

— Non, mais nous prenons nos précautions.

En effet, aucun journaliste n’avait encore été arrêté. En revanche, certes, des agitateurs l’avaient été et avaient été rassemblés dans le grand stade de la capitale. Mais en 1978, nul constat de tortures n’avait été relevé… sauf dans la presse internationale gauchiste. Dans la période qui suivit, le climat politique s’est détérioré. L’« inspiration » en venait d’une minorité trotskiste et communiste qui doublait les manifestations de rues, impliquant désormais deux à trois mille activistes d’un véritable schéma d’insurrection armée.

Dans les nécrologies consacrées à Pinochet, aucun organe de presse n’a eu l’honnêteté de rappeler que, de 1978 à 1982, des groupes armés de volontaires venant de cinq à six États d’Amérique du Sud s’étaient constitués dans les provinces du nord du Chili, avec l’intention de s’emparer de plusieurs villes. On passa alors du renversement du pouvoir marxiste d’Allende à un autoritarisme indubitable, qui était d’ailleurs soutenu par la majorité de la population. Mais un régime quel qu’il soit peut-il tolérer l’occupation d’une partie de son pays par des bandes (notamment celles du MIR, le Mouvement de la gauche révolutionnaire) semant la terreur chez les paysans et se comportant en vulgaires pillards ?

À partir de ce moment, une sorte de guerre civile, opposant 7 à 8.000 étrangers infiltrés à l’armée et à la police, se déroulait dans l’indifférence de l’Occident. Des documents existent dans les archives du gouvernement actuel. Nous avons eu entre les mains copie de ce fameux plan subversif qui avait conduit Pinochet à renverser Allende, et qui est resté en vigueur jusqu’au début des années 1980. Une parenthèse pour rappeler que, contrairement à la légende persistante et trop souvent réitérée ces jours derniers, Allende n’a pas été assassiné en 1973, mais s’est suicidé avec la mitraillette… dont Fidel Castro lui avait fait cadeau.

Autre détail à connaître : Markus Wolf (qui fut le haut responsable des services secrets soviéto-allemands de 1955 à 1985) a témoigné auprès de son ami Maurice Najman (enregistrement en ma possession) qu’il avait fait parvenir à Allende, peu avant qu’il se donne la mort, un message dans lequel il lui proposait de mettre à sa disposition ses réseaux est-allemands pour « l’exfiltrer » vers l’URSS. Allende avait refusé.

Dans Le Point du 4 décembre dernier, Bernard-Henri Lévy répète que Pinochet a fait assassiner environ 3.000 hommes et torturer 28.000 autres. Mes confrères étrangers et moi-même avons enquêté sur ces chiffres. Nous avons recouru aux statistiques tenues par le secrétariat chilien de l’archevêché (dont l’appui à la gauche socialiste fut indiscutable). Les listes à l’époque recensaient effectivement environ 3.200 victimes. Mais nous nous sommes aperçus qu’un Chilien, ayant sur son état civil deux noms : celui de son père et celui de sa mère, ces deux noms avaient été très souvent comptabilisés séparément, par ordre alphabétique. D’où des centaines d’erreurs numériques. En outre, parmi les « volontaires » d’origine hispanique, un bon tiers de ceux qui disent avoir été torturés seraient bien en peine de le prouver. Nous avons de nombreux exemples d’hommes et de femmes, réfugiés notamment en France et en Allemagne, qui ont changé de noms, et dont les traces ont été retrouvées.

Rétablir la vérité

En fait, l’histoire du Chili sur vingt-cinq ans est à réécrire, loin de toute propagande et d’esprit partisan. Il reste cependant à dissiper les plus grossiers trucages. Par exemple la légende selon laquelle les divisions de Pinochet avaient, lors du coup d’État, à ce point ensanglanté les rues de Santiago que le fleuve Mapucho était rouge de sang et charriait des cadavres. Manque de chance : à cette époque sévissait une grande sécheresse et le Mapucho était complètement à sec…

Autre grief avancé : Pinochet aurait fait fortune sur le dos du peuple chilien. Il est exact qu’une fois à la retraite et poursuivi par les tribunaux internationaux, il a eu le souci de protéger son abondante progéniture, mais il le fit par des spéculations boursières comme tout homme d’affaires. On tombe ici dans le droit privé auquel ne se soumettent ni les amis de Poutine, ni ceux de Prodi, ni les vedettes, ni les richissimes intellectuels qui se sont créé des niches dorées à Marrakech.

© Pierre de Villemarest – Membre de l’Amicale des anciens des Services spéciaux de la Défense nationale (ASSDN) – avec Max Saint John.

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2 commentaires

Hernan (27 août 10:20)
C’est bien c’être des partisans de Pinochet, maisa u moins vous pouvez faire un effort vers la verité. Les groupes armés sont produit de votre imagination, le MIR était aneanti, après quelques mois du « gouvernement militaire ».
Hernan (27 août 10:26)
C’est bien c’être des partisans de Pinochet, mais, au moins vous pouvez faire un effort vers la verité. Les groupes armés sont produit de votre imagination, le MIR était aneanti, après quelques mois du « gouvernement militaire ». La famine pendant le gouvernement d’Allende, mensonge pure. C’est curieux de savoir que le lendemain du coup d’Etat les supermarches avaient les étalages pleins !!!
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