Armée – pouvoir : tout ne va pas très bien Madame la Marquise

Le général Georgelin l’assure, il n’y a plus de « problèmes » entre les militaires et le pouvoir.

La fierté du président, évoquant son armée, et les propos dithyrambiques de son ministre des armées, dimanche, suffiront-ils vraiment à apaiser les militaires ? Estime, amitié, confiance, professionnalisme… Ces paroles suffiront-elles à calmer réellement les esprits alors que le plus dur reste à venir : la livraison tardive de la « carte » et la crainte de ses cortèges de mesures individuelles et collectives ? On verra. Quoi qu’il en soit, l’exemplarité des militaires et ce défilé du 14 juillet hors norme à tous points de vues a été fortement apprécié. Ce fut certainement l’un des plus beaux défilés militaires de la V° république. Certainement le plus prestigieux puisque relayé par les caméras du monde entier, non seulement pour la beauté du spectacle mais surtout par la dimension de paix et d’union voulue par le président Sarkozy ; plus particulièrement en zone méditerranéenne. Les militaires sont repartis le cœur regonflé. Ceux qui étaient derrière les écrans TV, chez eux en famille ou en service dans les bases, ont tous ressenti la légitime fierté annuelle du 14 juillet.


Par Jacques Trappler


Souhaitons que cette fierté ne soit pas que saisonnière mais perdure. Les blessures des derniers mois et les esprits révoltés des militaires n’en sont pas pour autant apaisés. L’anxiété demeure. Leur avenir personnel les préoccupe. Le plus compliqué reste à faire : intégrer la nécessaire réorganisation, digérer les atteintes au moral de ces derniers mois et reformuler des objectifs pour galvaniser les troupes ; ça, c’est le job du patron.

Maintenant, évitons de confondre désir et réalité, et cela s’adresse tant aux militaires qu’à la nation puisque la défense est l’affaire de tous. La rationalisation, qu’elle porte en elle le germe de l’économie où de l’efficacité est obligatoire. On ne peut continuer sur le même rythme, avec 60% d’administratifs pour 40% d’actifs terrain répartis en une multitude de casernements multipliant et diluant à l’infini des moyens aux budgets voraces qui seraient mieux employés à moderniser nos matériels, à l’instar de ce que font les Britanniques. Finis les gros bataillons de chars et d’artillerie, même si cela ne fait pas plaisir, il faut réduire la voilure pour mieux s’adapter aux nouveaux besoins. Le changement est toujours mal vécu, surtout lorsqu’il ne s’accompagne pas d’actions pédagogiques. Moins de Leclerc, moins d’artillerie, moins d’effectifs inutiles, plus de rationalisation, voilà les ingrédients nécessaires pour rendre notre armée plus apte aux missions de demain. L’exigence d’un renseignement plus pointu, autonome et hautement technologique, qui, s’il venait à faire défaut, nous placerait en situation d’infériorité et surtout, nous rendrait incapables d’accomplir nos missions sans quémander les infos à nos alliés. Tout cela est a prendre en compte et il faut bien se mettre dans la tête et sous les casquettes que nos désirs coïncideront de moins en moins avec nos désirs et encore moins avec la réalité.

Le chantage irresponsable d’élus : l’amateurisme de ceux qui confondent ligne Maginot et armée moderne

Qui grogne le plus ? Les militaires ou certains élus qui ne veulent pas comprendre la nature des enjeux de défense et s’arqueboutent sur des positions et comportements syndicalistes ? Si le 13° RDP doit quitter la Lorraine c’est que la décision correspond non seulement à un souci de rationalisation mais d’unité au sens du regroupement. Les états d’âme sont du côté des portefeuilles des communes et non de ceux des militaires. Que les élus vocifèrent, c’est leur job mais que des représentants de la République menacent de démissionner, c’est du chantage. C’est irresponsable et inadmissible. On peut se poser des questions sur la légitimité de leurs plaintes et de leurs intentions. Le camp de Mourmelon a eu ses heures de gloire du temps des forces mécanisées. Ce temps est révolu. Quand j’entends parler, pour ce camp, de « menace de dissolution », il y a un mot de trop. La seule menace est pour le porte-monnaie de la dépense, pardon de la défense… Alors soyons sérieux et fermons ces gouffres financiers qui n’ont de fonction aujourd’hui que de maintenir la tête hors de l’eau d’une région sans apport pour la défense. Que les élus se battent, c’est normal, mais que ce soit avec autant de mauvaise foi ça devient pitoyable.

La méthode Coué ne fonctionnera que si elle sera accompagnée de réelles mesures de reconnaissance envers les armées et sa composante humaine. Ce n’est pourtant pas compliqué ; le cerveau des militaires n’est pas une calculette, c’est un deuxième cœur, il bat pour la France. Monsieur le président : n’attendez pas l’insuffisance cardiaque pour agir.

3 commentaires

Konifl (23 juillet 20:37)
Un pays a la classe politique qu’il mérite. Manifestement notre classe politique est médiocre et nous nous enfonçons peu à peu dans la médiocrité. Dette abyssale, réformes tronquées, pensée unique, refus de constat sur les véritables causes du déclin, le tout manié à la sauce misérabiliste des élus dont les gabegies budgétaires faisaient jadis la joie (Et le désespoir) du téléspectateur du lundi soir. Sans aucun doute nous voyons l’expression de l’amour du militaire qui ne se manifeste qu’à son départ. Sans aucun doute nous voyons l’inutilité de 36.700 communes de France et de 95 départements. Qu’il ne faut surtout pas réformer pour éviter le douloureux chemin de la modernité et des économies budgétaires. Qui accessoirement nous permettraient d’avoir une armée digne de ce nom....
Transcontinental (25 juillet 15:00)
Je trouve les propos de Konifli non pas exagérés mais invraisemblables. L’explication de l’emportement de quelques élus est bien plus simple : il ne s’agit que de la nature entière de la mentalité française, prompte à s’enflammer quitte exagérément face à ce qui lui apparait injuste. Les brebis égarées rejoindront le troupeau ! La France a toujours été ainsi, retardant parfois du coup son essor, mais assurant tout autant une gauloise vindicative qui n’a pas que des inconvénients. La France change, évolue, pour le meilleur puisque lentement !
bizaroide (28 juillet 15:17)

Cette réforme visait :

-  A densifier pour économiser. Résultat : On a gardé Charleville et Chaumont au détriment de la 2° garnison la plus dense de france, Metz.

-  A rapprocher des grands camps pour économiser sur l’instruction. Résultat : 5 des 6 RI MECA se trouvent à l’extrème EST, c’est à dire loin des camps nationaux.

-  A faire de plus grandes formations. Résultat : Une des plus grande base de l’armée de l’air (Metz) ferme, au profit de détachements de l’air et de base aériennes plus petites. Les RC80 fondent et passent en RC52.

-  A maintenir des garnisons dans les bassins d’emplois. Résultat : On garde Brive, Luneville, Agen, Charleville, Romorantin, Mont de Marsan.

En conslusion, le porte monnaie des copains vaut bien plus que celui des autres. Pour reprendre les propos de l’auteur, c’est « pittoyable ».

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