L’espoir suscité en 2001 par un changement de régime à Kaboul est désormais caduc. Chaos, insécurité et instabilité n’ont, non seulement pas quitté l’Afghanistan mais, au contraire, offert un terreau favorable aux talibans, chaque jour plus proches et incisifs dans leurs actions, déterminés à jeter le trouble dans les population et surtout contre les alliés.
Et dire qu’ils ont été chassés du pouvoir en 2001, les voilà à nouveau aux portes de Kaboul, chargés de haine dans leurs têtes obscurantistes et d’explosifs dissimulés sous leurs burnous. La tension est à son comble, la mission des forces de l’ISAF s’en trouve extrêmement compliquée.
Par Jacques Trappler
L’Etat afghan, en faillite, est incapable d’endiguer la violence. Les difficultés du président Karzaï, enfermé à Kaboul, sont patentes au point de se demander si sa fonction existe ; maire fantoche d’une ville en désagrégation. Comment mettre en œuvre les accords de Bonn de 2001 si la déliquescence de l’Etat afghan perdure alors que les talibans reprennent le contrôle du territoire ?
L’Etat afghan n’est pas parvenu à se constituer, les élections de 2004 et de 2005 n’ont rien donné de concret pour la réalisation d’une nouvelle Constitution. Nous sommes restés dans le flou. Le renouveau espéré n’a non seulement pas eu lieu, mais les bases étatiques anciennes ont servi à modéliser ce que nous avons aujourd’hui, autant dire que la crise est grave.
Le clientélisme,de Karzai, a servi de base à la constitution de ministères distribués en fonction de critères favorisant népotisme sous fond de sanglantes oppositions. Nos yeux d’Occidentaux n’ont pas la même vision que des peuples indifférents à nos valeurs, tant que la justice,la vraie, ne sera pas rétablie ; c’est par cela que nous aurions dû commencer.
Nous sommes aujourd’hui, avec nos forces, confrontés à une insécurité croissante au point de ne pouvoir librement circuler sans une force blindée, appuyée elle-même par des forces aériennes sans cesse sollicitées pour nous désengager de situations de plus en plus pourries. L’armée nationale afghane et sa police, toutes deux en formation par les Occidentaux, n’est pas prête d’assurer la relève et ne jouit pas d’une grande confiance auprès de la population.
Les Afghans n’ont, pour seul souci, celui d’assurer leur pitance quotidienne, alors que le nôtre, est de voir les petits garçons et petites filles aller tranquillement à l’école. La hiérarchisation des problèmes n’est pas la même pour celui qui, miséreux, court au travers des bombes terroristes pour se nourrir et celui qui remplit son caddy d’idées pour les autres.Un décalage que la sentimentalité ne permet pas d’apprécier à sa valeur réelle ; c’est-à-dire que nous ne sommes pas, mais absolument pas sur la même longueur d’onde, considérant les problèmes de façon philosophiques.
Redescendons sur terre et acceptons que plusieurs siècles nous séparent combien même nous partageons le même espace temps.
Offrir à l’Afghanistan un Etat part d’un bon sentiment mais ces 7 années d’après les talibans démontrent notre incapacité à lui faire entendre raison. Alors nous poursuivons une lutte dans un espace et un temps qui risquent d’être sans fin alors que nous, Occidentaux, aimons voir les termes de nos actions, les talibans disposent de ce que nous avons le moins : « la vie pour le faire ». Se repose alors la question crutiale : fallait-il y aller quand même ? Laissons au chef de l’Etat l’initiative de répondre , lui qui a décidé de notre engagement. Il l’a fait.
Une administration gangrénée
Le président afghan, Hamid Karzai a distribué les postes d’administrateurs à des personnages plus enclins à gérer leurs petites affaires personnelles que celles de l’Etat. Aux opposants, il n’a rien trouvé de mieux, pour les calmer, que de leur confier les manettes de gouvernances de provinces, de mairies, de police et autres postes où les récipiendaires peuvent exercer tranquillement leurs petits marchés pourris.
Voilà le climat politique de l’Afghanistan et - hormis Karzai - les interlocuteurs de l’ISAF aujourd’hui ne sont que de petits barons aux énormes pouvoirs de nuisances.
En tentant de retirer les joujoux à ces barons, Karzai s’en est fait des ennemis mortels. Il en paie doublement le prix : en achetant la tranquillité il a récolté l’enfer. C’est aujourd’hui, cette masse de corrompus, qui s’oppose à Karzai, nourrie d’un esprit de revanche, au point de se demander si certaines exactions talibanes ne seraient pas soutenues ou favorisées par cet esprit. Ce qui est étrange dans tout cela, c’est que Karzai , homme réputé honnête et droit, se soit laissé enfermer dans la logique de la baronnie. Mais il ne faut pas négliger qu’il a été formé au Pakistan, il y a une trentaine d’années, dans un milieu affranchi de toute influence étatique...
L’Afghanistan souffre d’une « talibanisation » croissante dont l’inspiration et le soutien, du point de vue de bien des chancelleries occidentales, auraient le Pakistan pour racines. Ces deux pays pourraient avoir sorts liés. Ce n’est vraiment pas encourageant pour l’avenir de l’Afghanistan, pour la pérennité de nos projets de pacification et de restauration d’un Etat à Kaboul et surtout pas encourageant mais pas encourageant du tout pour nos forces impliquées sur place. Nous venons d’en vivre un douloureux épisode.
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