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Afghanistan : le général Desportes aurait-t-il dû "la fermer" ?
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La stratégie militaire américaine en Afghanistan ne plait pas au général Desportes, il l’a dit, il l’a écrit et bien sûr, il sera sanctionné. Le général ayant, sur ce coup , manqué de discernement - dixit Hervé Morin qui lui a rappelé le lien de subordination entre le militaire et le politique.
C’est encore une fois cette fameuse obligation de réserve, transgressée, qui fait désordre alors que le général donnait un avis de professionnel, certes à l’opposé des choix stratégiques américains dans la région mais "techniquement" recevable du point de vue strictement militaire, sauf que ... il aurait été un tantinet trop loin, critiquant au passage le président Obama qui serait "pas très sûr de ses choix", ce qui a fait réagir l’amiral Guillaud qualifiant ses propos d’ "irresponsables"
Ce général a osé dire tout haut ce que beaucoup murmurent de moins en moins bas mais pas seulement, nous vous proposons quelques extraits :
"La doctrine de contre-insurrection traditionnelle, telle que l’a engagé McChrystal depuis un an, avec un usage restreint de l’ouverture du feu (...) pour réduire les dommages collatéraux, ne semble pas fonctionner. (...) La situation n’a jamais été pire" .
"Chez les militaires, un courant remettant en cause le mode d’action "gagner les coeurs et les esprits" suscite une adhésion grandissante. Cette remise renforce l’écart entre la troupe et la stratégie générale. Or, on ne peut pas faire la guerre contre le moral des soldats".
Revenant sur le limogeage de McChrystal, le général explique qu’elle "révèle une faiblesse (...) Tout se passe comme si le président [Obama] n’était pas très sûr de ses choix. (...) A l’issue des débats sur les renforts nécessaires, il y a un an, il a opté pour 30.000 soldats de plus. Tout le monde savait que ce devait être zéro ou 100.000 de plus. On ne fait pas de demi-guerre".
Il constate que "si la doctrine McChrystal ne fonctionne plus ou n’est plus acceptée", "la seule option" restante est celle péconisée par le vice-président Joe Biden : "sortir de cette guerre sans fin (...) en réduisant les troupes à une capacité de frappes ponctuelles contre Al-Qaïda."
Quant au poids de la France dans cette affaire, le commandant du CID reconnait que "c’est une guerre américaine. Quant vous êtes actionnaire à 1%, vous n’avez pas droit à la parole".
Armees.com
N’hésitez-pas à donner votre avis sur la question
9 commentaires pour cet article
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platon06 27 juillet 13:39
je rejoins entièrement votre discernement sur les "dotations de postes"...entre l’elu et le militaire...la soumission n’est de mise dans le cas de la responsabilité du militaire sur le terrain a évaluer les choses que les politiques souvents couverts ou irresponsables en cas d’echec ...ne peuvent visualiser et un officier supérieur doit être écouté et non entendu....
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Yves Cadiou 21 juillet 05:41
J’y reviens pour signaler le récent édito du président de La Saint-Cyrienne en date du 20 juillet (lien ci-dessous). Il cite le général d’armée André Beaufre, grand serviteur de la France et des Armées et ensuite de notre Association comme Président, à propos du drame de 1940 : « Notre faute à nous les subalternes, était d’avoir cru aux réputations, à la discipline intellectuelle poussée jusqu’au conformisme, de n’avoir défendu nos idées que dans la limite des suggestions polies, d’avoir laissé les événements dérouler leur impitoyable logique sans intervenir de façon efficace dans l’armée et dans le pays ». La Saint-Cyrienne est une association 1901 fondée en… 1887.
Voir en ligne : http://www.saint-cyr.org/cyr-5500.php?SID=02d2ef36fdc533ad9f348cebd9abf127
J’ajoute une parole du Général Claude Le Borgne (je cite de mémoire) : « le silence au début peut passer pour un signe de réflexion. Mais quand le silence se prolonge il devient certitude de bêtise. » Certitude de bêtise qui explique pourquoi parmi les 38 membres de la Commission du Livre Blanc de 2007 avaient été désignés seulement 6 militaires contre 32 civils.
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Enfin il faut observer que la sanction annoncée par le ministre sera annulée par le tribunal administratif pour peu que le Général Desportes daigne faire un recours. Ceci parce que le ministre a annoncé publiquement, et de façon très affirmative (« il sera sanctionné » a dit le ministre), sa décision de sanctionner. Cette annonce signifiait que c’était décidé sans l’avis du Conseil de discipline qui est obligatoire avant la décision. -
Yves Cadiou 16 juillet 12:12
Dans les commentaires ci-dessus, deux touchent à des questions essentielles. L’une est posée par kasuku 12 juillet 13:54 et concerne la part que doit prendre le militaire (c’est-à-dire le technicien) dans les décisions politiques : « Pourquoi un officier français devrait-il se taire, alors qu’il est le mieux placé pour apprécier la situation sur le terrain ?! »
Voir en ligne : http://operationtacaud.wordpress.com/
L’autre est cette remarque de D DAY 8 juillet 14:20, qui est fort sensée à l’exception seulement du mot de « bourbier » faisant référence à un terme journalistique de l’époque de l’Indo alors que la situation actuelle n’est pas du tout la même. A l’exception du mauvais choix de ce mot, D DAY 8 juillet 14:20 a raison lorsqu’il écrit que « les intérêts américains ne sont pas les nôtres : ne nous faisons point d’illusion les pays embarqués dans ce bourbier ne sont là que pour crédibiliser les ricains ».
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Les Américains ont tiré les leçons du Vietnam où ils se sont attirés la réprobation de 90% de la planète, y compris une bonne partie de leur propre population, c’est-à-dire une partie non négligeable de leurs électeurs. En Afghanistan, où ils auraient aisément les moyens de « faire le job » sans nous, la présence de la Vieille Europe à leurs côtés constitue une couverture morale et stratégique.
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Couverture morale, notre présence les met à l’abri d’un nouveau Discours de Phnom-Pen (1er septembre 1966) qui fut une volée de bois vert mondialement appréciée. Pour les Européens trop modestes qui me lisent, je cite un livre de l’historien Tony Judt, que vous trouverez ici : http://www.egeablog.net/dotclear/in... « Ni l’Amérique ni la Chine n’ont de modèle utile à donner en exemple au monde. Malgré les horreurs du XX° siècle –et dans une large mesure à cause d’elles-, les Européens sont désormais mieux à même que quiconque d’offrir au monde de modestes conseils sur la façon d’éviter de répéter leurs erreurs. » En étant présents en Afghanistan, nous donnons (et nous avons tort de donner) notre caution morale à la politique américaine.
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Nous sommes une couverture stratégique aussi : grâce à la présence de quelques contingents de la Vieille Europe, les USA peuvent rester en Afghanistan (quels que soient leurs véritables motifs) sans trop risquer des heurts avec les pays victimes de la drogue afghane qui aimeraient que l’on soit plus efficace contre les narcotrafiquants.
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Mais l’administration américaine rencontre un problème avec l’Europe : c’est que les gouvernements qui s’alignent sur la politique US y laissent des plumes et que leurs successeurs pourraient devenir de plus en plus réticents à risquer leur carrière pour l’ami américain. La première victime fut Lionel Jospin, qui aurait pu figurer au deuxième tour de la présidentielle de 2002 s’il avait refusé de suivre en Afghanistan. Puis l’Espagnol Zapatero et le Britannique Tony Blair ont été malmenés pour avoir suivi en Irak. Chez les Allemands, la présence de la Bundeswehr en Afghanistan ne fait pas du tout consensus et a entraîné démission du président allemand Horst Köhler le 31 mai dernier. Au Pays-Bas, le dossier afghan faisait chuter le gouvernement en février dernier. En France, les Régionales ont montré que beaucoup d’électeurs de Droite ne se sont pas dérangés pour soutenir le parti qui soutient le gouvernement, parti qui est lui-même en voie de se scinder sur le dossier afghan. Par conséquent, on n’attendra peut-être pas 2012 pour cesser de « crédibiliser les ricains ». En France, des élections anticipées sont toujours possibles et rien ne dit que ce ne sera pas le cas avant 2012.
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Concernant maintenant la question, qui est toute autre parce qu’elle est sociologique, soulevée par kasuku 12 juillet 13:54 sur la part que doit prendre le militaire (c’est-à-dire le technicien) dans les décisions politiques : « Pourquoi un officier français devrait-il se taire, alors qu’il est le mieux placé pour apprécier la situation sur le terrain ?! » la réponse n’est malheureusement pas spécifique aux Armées mais elle est la même dans tous les domaines où les élus s’imaginent que l’élection leur donne la compétence, la science, la qualification professionnelle. Du fait que nous sommes en démocratie, il est normal que le technicien fasse connaître son point de vue aux citoyens : ceux-ciont le droit d’être informés de ce qui les concerne, et surtout dans les affaires militaires parce que c’est au nom des Français que le Soldat fait usage de la violence.
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L’élection au suffrage universel ne donne en aucun cas la connaissance du métier, l’élection donne la légitimité démocratique. Ce n’est pas la même chose que la compétence, même si les élus ont tendance à s’y croire. Pour les affaires militaires, le problème est aggravé après un siècle de conscription qui a répandu l’idée fausse que faire la guerre est à la portée de n’importe qui après une formation ultra-rapide. C’est pourquoi les politiciens insistent fort sur un « devoir de réserve » dont personne ne sait exactement ce que c’est, mais « devoir de réserve » qui fait taire ceux qui savent, laissant la parole aux élus qui croient savoir mais ne savent rien du métier ni des analyses de situation que seuls les militaires peuvent se permettre de faire après une carrière jalonnée par une alternance d’études spécialisées et d’expérience professionnelle. -
kasuku 12 juillet 13:54
Loin de moi l’idée de critiquer l’amiral Guillaud, que j’estime et respecte.
Mais le Général Desportes est un citoyen comme les autres, qui a, donc, le droit d’exprimer son avis sur tout sujet engageant la Nation et ses soldats.
D’autant plus qu’il est comptable de la vie de ses hommes.
Comme il s’agit du point de vue éclairé d’un stratège, les politiciens n’ont pas à discuter, mais ont le devoir, j’ai bien dit le devoir, de prendre les décisions qui s’imposent, quitte à mettre un terme à l’engagement de la France en afghanistan.
Pourquoi un officier français devrait-il se taire, alors q’il est le mieux placé pour apprécier la situation sur le terrain ?!
Le Président Obama est un être humain, qui peut se tromper, mais cela engage non seulement des vies américaines, mais aussi européennes et françaises.
Je crois que, dans pareil cas, le Général Bigeard aurait, vivement, réagi sans que personne n’ose (excusez-moi du terme) l’emmerder... -
Solange D 11 juillet 21:52
Il y a encore des généraux qui "en ont". Il y a encore des militaires qui sont des guerriers mais la France d’aujourd’hui mérite-t-elle son Armée ? Avec 1.5% du PIB pour la Défense, la réponse est claire et en attendant, en espérant que la France se réveille de sa coupable torpeur, la seule mission que l’Armée soit aujourd’hui en état de remplir est le défilé du 14 juillet...
Je pleure pour tous ces morts "pour rien"
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