Le désaccord entre Américains et Polonais, au sujet du déploiement du bouclier antimissile (ABM) bat son plein au point qu’une remise en question du projet n’est pas à écarter.
Que se passe-t-il au juste ?
Il semblerait que Varsovie, flairant la bonne aubaine, ait décidé de faire payer Washington un peu plus que convenu et plus que nécessaire. Il y a fort à parier que les Américains sauront ramener les Polonais à la raison.
Par Jacques Trappler
Il conviendrait à première vue, pour les Polonais, d’agir avec prudence, ils ne sont pas les seuls, après tout, à disposer de territoires contigus à la Russie pour le déploiement des bases antimissile. Un représentant anonyme de l’administration Bush ne s’est d’ailleurs pas gêné pour le formuler. Fuite préparée pour contraindre Varsovie à négocier en lui laissant entendre qu’il y avait du monde au portillon ? C’est plus que probable, mais surtout impensable et cela, Varsovie le sait (lire plus bas). Le 5 mai dernier devait être le jour de la signature des accords de déploiements sur les territoires tchèques et polonais. Curieusement, l’opération, annoncée en trompette, a été reportée en juin.
A trop en vouloir, Varsovie pourrait tout perdre
La Pologne, sur demande spéciale du président Bush, devrait bénéficier de vingt millions de dollars d’aide militaire, petite cosmétique au regard de ce que nécessiterait une remise à niveau d’une armée polonaise obsolète. Les intéressés s’attendant à plus, risquent d’être déçus. De toute façon, il paraît hautement improbable de voir les Américains mettre la main à la poche pour rénover cette même armée Polonaise dont le coût est évalué à 20 milliards de dollars. Ils devraient réduire leurs exigences et d’accepter la manne du déploiement d’une base ABM. A force d’en vouloir trop et d’agacer Washington, Varsovie pourrait perdre le bénéfice du projet. Les négociations, ne l’oublions pas, ont été menées sous la mandature de Bush. Les Polonais disposent de quelques mois encore pour valider les options prises par ce dernier et rien ne dit son successeur, héritant d’un dossier sans signatures, sera chaud pour poursuivre et transformer le projet sous sa forme actuelle et encore moins avec d’autres partenaires de l’ancienne Europe de l’Est sans que Moscou y voit de provocation.
La Pologne, réticente à la signature entraîne Prague dans son sillage, rien n’avance. Pire, la zone de déploiement dépendant étroitement de la situation du radar tchèque, tout blocage risque de compromettre la mise en œuvre du projet sous la forme prédéfinie, les missiles, exigence, devant être déployés à proximité de ce premier.
En installant ses missiles ailleurs, la Lituanie a été citée, Washington s’exposerait à des désagréments d’ordre non plus techniques mais politiques dont l’Europe Unie se passerait volontiers d’autant plus que Vilnius vient de récuser le mandat de la Commission européenne pour le déclenchement des pourparlers sur le nouvel accord de coopération avec la Russie.
Géopolitique oblige
Les autres candidats au déploiement même si Washington en agite le spectre ne sont pas légion. Qui de la Hongrie ou de la Slovaquie accepterait d’irriter Moscou ? Or, sans le radar tchèque, et sans la zone polonaise de déploiement, il n’y a pas d’alternative en Europe aujourd’hui.