Le président du conseil d’administration de BNP-Paribas Michel Pébereau a remis hier au ministre de l’Economie Thierry Breton un rapport accablant sur la dette publique française, qui devrait atteindre 1.117 milliards d’euros fin 2005. Pour engager sa réduction, il avance 18 pistes de réformes... et préconise un traitement de choc
Le diagnostic est sévère, mais sans réelle surprise. Le président du conseil d’administration de BNP-Paribas Michel Pébereau, mandaté voilà un an par le gouvernement pour clarifier la situation de la dette publique française, a remis hier son rapport au ministère de l’Economie et des Finances. Selon le document, la dette devrait atteindre, d’ici la fin de l’année, le niveau record de 1.117 milliards d’euros, soit près de 18.000 euros par Français.
« Le choix de la facilité depuis 25 ans est la principale explication du niveau très préoccupant de notre dette publique », indique le document, qui ajoute que sa réduction « n’a pratiquement jamais été un objectif prioritaire ». Ces dix dernières années, ainsi, la France serait le pays d’Europe dont le ratio de dette publique se serait le plus accru, pour atteindre 66% du PIB ! Plus inquiétant encore : si cette dérive se poursuivait, le taux d’endettement public atteindrait dans les prochaines années des sommets astronomiques, à savoir 130% du PIB en 2020, et près de 400% en 2050 !
L’austérité budgétaire au menu
Pour éviter d’en arriver là, Michel Pébereau préconise une série de dix-huit mesures pour soumettre le pays à une cure d’austérité budgétaire. La principale consiste à stabiliser les dépenses de l’Etat pour revenir à l’équilibre des comptes publics et des régimes sociaux, sur une période de cinq ans. Cela implique, bien entendu, de geler les dépenses, mais aussi - et surtout - ne pas diminuer le niveau global des impôts.
Parmi les autres mesures phares, le rapport propose d’affecter la totalité des recettes liées aux privatisations au désendettement, de bloquer les dotations de l’Etat aux collectivités territoriales, de réduire le nombre de ministères et de poursuivre en 2008 la réforme des retraites. Concernant les effectifs de la Fonction publique, enfin, il invite l’Etat à profiter des départs à la retraite pour « réduire les effectifs ».
Le gouvernement entre deux chaises
A la réception du document, hier, Thierry Breton a rappelé que la France vivait à crédit et assuré qu’il souhaitait prendre ce problème à bras-le-corps. « Nos enfants financeront nos retraites demain, mais sans le savoir ils financeront aussi un bout de notre train de vie d’aujourd’hui », a-t-il souligné, en accueillant favorablement les propositions faites par Michel Pébereau, y compris celle de non réduction des impôts. Une position pour le moins paradoxale puisque la réforme fiscale présentée cette année par le gouvernement - conformément au souhait de Jacques Chirac - prévoit un allègement des charges pour 2006, effectif en 2007.
Valentin BONTEMPS. (LPJ) 15 décembre 2005
14,8 milliards d’euros pour les autoroutes
L’Etat français a bouclé hier le processus de privatisation des sociétés d’autoroutes. Bilan des courses : 14,8 milliards de gains, soit environ 2 milliards de plus que ce qui était attendu. Autoroutes du sud de la France a été cédé au français Vinci pour 6 milliards, la Sanef à l’espagnol Abertis pour 4 milliards et APRR au tandem franco-australien Eiffage-Macquarie pour 4,84 milliards. Jean-François Copé, ministre du Budget, a confirmé qu’« une dizaine de milliards » d’euros irait au désendettement de l’Etat. Quatre milliards seront versés à l’agence de financement des infrastructures de transport de France.